Je ne voudrais pas avoir l’air de me plaindre de mes conditions de travail, mais étant chargé d’expliquer la politique, je dois avouer que j’ai parfois le tournis.

Le foutoir idéologique n’est pas qu’à droite, ni qu’en France ! Ça a commencé avec la fin des blocs au début des années 1990, la mondialisation, l’interconnexion des économies et plus concrètement aussi avec cette mode de la triangulation inventée par Tony Blair. Restons quand même en France…

Quand un grand groupe majoritaire central réunit des libéraux pur jus et des tenants de l’économie sociale et solidaire, quand Jean-Luc Mélenchon n’utilise plus le mot de "gauche" (ce concept qui structure le camp progressiste depuis deux cents ans) sous prétexte que François Hollande en aurait perverti l’usage… et quand, hier, à ce micro, le numéro 2 de LR, Guillaume Peltier (qui veut augmenter le salaire minimum de 20 %), vantait le travaillisme, on comprend que plus aucune logique politique, plus aucune racine ni lignée classique ne structure le débat politique.

Le parti LR de Laurent Wauquiez ne se contente pas de prendre la pente identitariste du FN, il prend aussi, pour être complet, avec Guillaume Peltier, sa pente sociale… d’extrême droite, donc, mais dite de gauche et anti-libérale. Le tournis, je vous dis !

Mais la droite sociale, ça n’est pas nouveau !

C’est vrai, surtout en France. Les gaullistes sociaux, par exemple… De Gaulle après 1968 voulait développer la participation. Il contestait les dérives du capitalisme "déshumanisant", ce qui a d’ailleurs contribué à sa défaite en 1969, lâché qu’il fut par la droite patronale et libérale. Mais Guillaume Peltier ne semble pas se référer à cette époque… ni même à Jacques Chirac.

Parce qu’il fut un temps, mais oui, où Jacques Chirac parlait de "travaillisme à la française". C’était en 1976, en quittant Matignon. Il crée le RPR et prétendait trouver une voie entre le capitalisme et le communisme… mais sans le substrat marxiste qui encombrait toujours, selon lui, les socialistes prisonniers du PC.

Ça n’a pas duré. La logique de la droite s’est vite imposée à un Jacques Chirac plus ambitieux qu’idéologue... Redevenu 1er ministre, en cohabitation cette fois-ci avec François Mitterrand, en 1986… Il n’était plus question de travaillisme à la française. Chirac ne jurait plus que par le néolibéralisme thatchérien, dont il se garda bien, d’ailleurs (au-delà de quelques privatisations), d’appliquer les recettes.

Voilà pourquoi le travaillisme revendiqué aujourd’hui par Guillaume Peltier, venu lui-même du "lepenisme" et du "villierisme", est à prendre avec une certaine circonspection, un gros doute, voire une franche rigolade ! Dans cette période de désidéologisation, chacun semble se permettre d’inventer des concepts, d’en ressusciter ou d’en enterrer d’autres, dans la cadre de la compétition interne à son parti.

Tout se passe comme si la victoire d’Emmanuel Macron due sa personnalité, son destin éclair et contre l’ancien monde, plus que sur une base idéologique claire, avait ressuscité à droite le mythe de l’homme providentiel, selon lequel un homme, son dynamisme et son culot, seraient plus importants que la cohérence de son programme. 

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