La droite sans tête…

Personne (ou si peu) donc ne veut être patron de LR. Nouveau signe de la crise des partis classiques. Comme pour  le PS (avec Olivier Faure), c’est Christian Jacob, un cadre intermédiaire, de ceux assez rares et lucides pour ne pas faire partie de ce contingent (50% des politiques disait Cohn-Bendit)... de ce contingent qui rêve plus ou moins secrètement à l’Elysée. Christian Jacob, chef des députés LR, lui, ne s’y voit pas. Cadre droit, légitimiste, d’une droite provinciale (comme on disait avant) de bon aloi, qui respire ce concept fourre-tout bien pratique de ‘bon sens’. Il  prend, sans charisme, la tête de LR comme on prend son tour de garde… un peu par défaut et devoir. De toute façon, les partis sont décriés. Il faut dire qu’ils ne représentent plus le creuset d’une tendance politique mais sa caricature. Ils sont donc aujourd’hui le dernier endroit à diriger pour espérer pouvoir se forger une carrure de président. La question qui se pose traditionnellement à la gauche c’est : quel projet et quelle incarnation. Et pour la droite c’est plutôt : quelle incarnation pour quel projet? Les militants de droite, chez nous, sont toujours un peu bonapartistes et aiment les chefs sachant chéffer. Ainsi, il y a encore des militants LR qui pensent que la solution serait un retour de Nicolas Sarkozy. L’homme défait en 2012, puis à la primaire de 2016 et perclus d’affaires judiciaires pour la prochaine décennie. C’est dire si le goût de l’autorité pour l’autorité aveugle des militants LR.

Donc il ne faut pas écouter les militants LR ?

Non ! Pour le bien de la droite, ce sont les derniers à écouter ! C’est de pour avoir suivis que Laurent Wauquiez a confondu ce noyau dur (très dur) avec la vraie masse des électeurs de droite. Les élucubrations buissonnienes, le succès d’affluence en trompe l’œil de la Manif Pour Tous, la fuite de l’électorat populaire au FN, ont persuadé Wauquiez qu’il fallait investir à fond dans le conservatisme et l’identitaire plutôt que dans l’économique et le social. Comme si les électeurs de droite, c’est-à-dire des gens qui ne demandent, bien souvent, qu’un peu plus de liberté et d’efficacité étatique dans les domaines régaliens, n’avaient pas le droit d’avoir un discours et une réflexion sur le modèle social français qui s’épuise ou sur l’urgence climatique. Les électeurs de droite aussi ont des enfants qui rentrent du foot, en ville, avec les yeux qui piquent à cause de pollution…les électeurs de droite aussi ont 30% d’oiseaux en moins dans leur jardin et s’inquiètent pour l’avenir de la planète. LR n’a pas d’avenir puisque que les seuls qui traitent de ces sujets (Bertrand, Pécresse…et maintenant Retailleau), seule façon également d’espérer être président un jour, ne souhaitent pas le faire à la tête de ce parti. Pour l’instant, la droite n’a pas de projet. Elle n’a pas non plus d’incarnation. Alors Emmanuel Macron s’en charge… C’est lui qui a ouvert, par un vibrant hommage et une tentative d’autoportrait (même moyennement crédible), le colloque d’hier soir consacré à Georges Pompidou…

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