Après les couacs à répétition, l'Elysée entend reprendre les choses en main, avec une technique toute sarkozyenne. La technique dite de la "doublure". Vous ne faites pas forcément confiance à votre acteur principal pour assumer le premier rôle et bien collez lui une "doublure". Quelqu'un qui lui colle aux basques et qui récupère toutes les cascades périlleuses. Sauf que là, ce n'est pas du cinéma, et ce que Nicolas Sarkozy doublonne, ce sont tous les échelons du pouvoir autour de lui. Le gouvernement. Faute de pouvoir changer de premier ministre avant la fin de la présidence française de l'union européenne, le président circonscrit l'influence de François Fillon. Il a réuni discrètement 6 de ses ministres, les plus efficaces explique l'un d'eux, les plus obéissants, grince un absent. A Xavier Darcos, Xavier Bertrand ou Nadine Morano entre autres, Imperator il a lancé : "vous êtes ma garde prétorienne, faites de la politique". Dans sa bouche, cela signifie, "lancez les débats qui peuvent agréger les Français derrière vous". Xavier Darcos qui impose le débat sur le service minimum d'accueil le jour de la grève des profs a reçu un satisfecit présidentiel enthousiaste. François Fillon mis au courant de la petite sauterie a peu apprécié. Pendant qu'il court d'une capitale péruvienne pour le compte du président, à une capitale danoise ou lettone, il sait donc que ses doublures, elles, font de la politique. L'UMP. C'est un euphémisme de dire que Patrick Devedjian ne fait pas DU TOUT les affaires de l'Elysée. Le couac sur les 35 heures hier, "démantèlement" a dit le numéro 1 de l'UMP aussitôt corrigé, voire humilié, par un de ses numéros 2, "on ne change pas la durée légale du travail", n'est que le Nième incident qui fait sortir Nicolas Sarkozy de ses gonds. Doublures son et lumière donc avec Xavier Bertrand, Nathalie Kosciusko-Morizet et Frédéric Lefèbvre, efficace porte parole qui tire sur tout ce qui bouge, censés bordurer le numéro 1, avec un succès tout relatif pour l'instant. Au groupe UMP, une doublure également. "Le groupe UMP aujourd'hui, c'est l'Intifada permanente", assure un élu. L'image vaut ce qu'elle vaut, mais c'est de fait, là, que les incidents les plus graves se sont produits - OGM la semaine denrière - c'est là que le pire peut arriver, sur la réforme des institutions ou la loi LME. Là encore, c'est une litote de dire que Jean-François Copé n'a pas la pleine confiance du président. Soupçonné de rouler pour lui ou d'être incapable de tenir ses troupes, ou bien les deux, le président du groupe UMP à l'Assemblée ne joue en tout cas absolument pas le rôle de "chien de berger" normalement dévolu à la fonction. "Chirac en 97, rappelle un élu, avait préféré laisser à Séguin le RPR, plutôt que de le voir conserver la présidence du groupe, et c'est Jean-Louis Debré qui avait récupéré le fauteuil. Il faut là le plus fidèle des fidèles". Alors comme il n'est pas question de "débrancher" brutalement Jean-François Copé, Nicolas Sarkozy compte en fait sur un proche à lui pour renouer le fil du dialogue avec une majorité parlementaire très remontée. Ce proche, c'est Christian Estrosi, ex ministre, nouveau maire de Nice, qui sera réélu député dimanche prochain. Il prépare d'ailleurs un "coup" pour sa rentrée parlementaire mardi, un coup destiné à asseoir son statut de doublure au Parlement. Voilà, les doublures sont partout, comme un aveu des erreurs commises par Nicolas Sarkozy il y a un an, il n'a pas mis les bonnes personnes au bon endroit, pêchant par orgueil car il croyait alors n'avoir besoin de personne, comme un signe aussi d'une reprise en main réelle de l'hyper-président. En cas de succès mitigé face à l'opinion publique, pourvu juste qu'il ne s'avise pas de "doubler" le peuple, vous savez celui dont Brecht disait dans une boutade "le peuple a tort, et bien changeons le peuple".

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