Le Parti Socialiste est mal en point et les sondages pour les élections européennes ne sont pas très prometteurs. Pour l'instant, il est crédité de 20 à 24 ou 25%. Ceux qui veulent faire peur au PS lui annoncent un 18, 19%. Tout est possible. Le PS n'est pas performant sur deux points essentiels pour un grand parti : ces deux points sont l'occupation et l'incarnation. L'occupation. Le PS n'occupe pas assez d'espace dans le débat public et ne couvre pas assez d'espace sur le spectre de la gauche. Le dernier congrès a vu s'affronter deux femmes au tempérament très différent mais qui occupent peu ou prou les mêmes créneaux idéologiques, celui d'une gauche réformiste modérée. Si ce créneau est celui de la gauche qui gouverne, il reste finalement assez réduit sur le champ complet de la gauche française, dominée par une culture protestataire aux nuances multiples. De l'extrême gauche post trotskiste, au résidu du communiste, aux écolos libéraux ou alter mondialistes, en passant par les miettes du radicalisme et les nouveaux venus, qui déboulent sous la bannière de Bayrou, reconverti en chantre de la république-sociale. Dans ce gloubiboulga nébuleux, le PS représente ce qu'il y a de plus sérieux et donc de plus rébarbatif ! Il y a une contradiction flagrante entre l'occupation du PS gestionnaire quasi hégémonique dans les collectivités locales et le PS inaudible ou ennuyeux dans le bouillonnement quotidien de l'actualité. Le PS ne suit pas le rythme mitraillette des débats, imposé par la crise et Nicolas Sarkozy. C'est vrai que c'est très compliqué. Occuper quasiment tout le terrain de la gauche (comme l'UMP le fait avec celui de la droite) équivaudrait à prendre des engagements contradictoires et peu crédibles. Se contenter de s'opposer à Nicolas Sarkozy, c'est se laisser entrainer sur tous les sujets qu'il choisit. C'est-à-dire lui laisser faire le menu de la vie politique. Au jour le jour. La seule façon de s'en sortir pour le PS, face à ce problème d'occupation, c'est de ne pas négliger l'incarnation. L'incarnation, c'est le deuxième point. Ne pouvant pas occuper une assez grande partie du terrain de la gauche, il faudrait que le PS soit conduit par une personnalité de poids dont le charisme permettrait de surmonter les inévitables contradictions. C'est parce que François Mitterrand était François Mitterrand qu'il pouvait à la fois représenter une gauche, classique alliée au PC, une modernité proche des milieux artistiques et de ce qui bouge dans la société, et en même temps, une tradition bien française, rurale et littéraire. Il pouvait dire, « changeons la vie », slogan utopiste, et placarder dans la France entière un slogan inverse, « la force tranquille », sur fond de paisible campagne et de clochers rassurants et conservateurs. Il faut le culot d'un homme ou d'une femme pour rassembler les contraires de chaque camp. Il faut que le leader de l'opposition qui, naturellement, devrait être le patron du PS, se comporte comme le président de l'opposition. Ségolène Royal l'a un peu trop compris. Elle se comporte comme une shadow présidente, contre-présidente, non pas de l'opposition mais de la France ! Elle le fait à outrance et visiblement, ce n'est pas bien ressenti par l'opinion puisqu'elle n'a pas la légitimité, elle n'est pas à la tête du PS. Martine Aubry, n'y arrive pas non plus. Est-elle faite pour ça ? Elle passe le plus clair de son temps à Lille plutôt que de s'occuper du parti (c'est à son honneur d'élue local)! Mais, la Nièvre était à peine un barreau de l'échelle de François Mitterrand pour accéder à l'Elysée, Paris n'était qu'une étape dans la tête de Jacques Chirac, Neuilly, pour Nicolas Sarkozy, juste une formidable machine à fabriquer des réseaux chez les puissants et les riches au service du but ultime. Martine Aubry a-t-elle assez faim du pouvoir ? Se voit-elle à l'Elysée depuis toute petite ? Elle n'arrive pas à OCCUPER le terrain, est-elle capable d'INCARNER l'alternance ? Pour l'instant, visiblement non.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.