A propos de l’affaire Strauss-Kahn, vous revenez sur la lecture psychanalytique, celle de l’acte manqué, au moment où un avenir présidentiel lui était promis...Oui et cette explication, notamment développée par le psychanalyste Serge Hefez, hier matin à ce micro prend une résonance particulière à la lecture du Philosophie Magazine du mois de mai. Dans ce numéro, il y a un dialogue passionnant entre Henri Guaino et Denis Podalydès, c'est-à-dire entre la plume du Président de la République et l’interprète du président dans le film "La Conquête". Ce dialogue est antérieur à l’affaire Strauss-Kahn dont il n’est, bien sûr, pas question. Les deux hommes parlent de leur expérience de ce que l’on pourrait appeler le « passage ». Le passage de l’état d’homme politique ordinaire, pour Nicolas Sarkozy à celui de futur président de la République et le passage plus virtuel, car il s’agit simplement d’un rôle, de l’état d’acteur à celui de candidat à la présidentielle. Ce passage correspond à un processus de mutation, de transformation. Il y a un moment où l’homme politique qui ambitionne de devenir Président de la République et qui approche du but, devient homme d’Etat, prend sur lui le poids de l’histoire, de la culture du pays, il prend conscience qu’il va incarner un pays, un peuple et qu’il doit dépasser sa propre personne. Henri Guaino, qui est un républicain quasiment mystique dit ceci : « la légitimité n’est pas donnée au départ, l’homme politique doit s’instituer homme d’Etat ». C’est une épreuve sur lui-même. Ceux qui ont suivi de près l’ascension de François Mitterrand vers l’Elysée décrivent ce moment particulier où l’homme politique devient homme d’Etat puis Président de la République. Ce passage, il faut s’y préparer -et savoir qu’il existe- pour devenir Président de la République.Oui et pendant la campagne de 2007, Henri Guaino a su accompagner Nicolas Sarkozy dans cette mutation. La façon dont la présidence est exercée depuis, peut mettre en doute la qualité de la mutation (puisque l’on parle sans cesse de la nécessaire « représidentialisation » de Nicolas Sarkozy) mais il est indéniable qu’elle s’est bien produite puisque Nicolas Sarkozy a été élu. Henri Guaino, l’homme qui a fait citer Jaurès et Blum au candidat de la droite libérale, apparaissait alors comme un usurpateur pour bien des observateurs de gauche... Mais le tour de force (ou de passe-passe, comme on veut) fut réussi parce que Nicolas Sarkozy avait enfin parlé, et su parlé, non plus des Français mais de la France. De la même façon, que peut-on dire des candidats potentiels, à gauche ? De ceux qui peuvent gagner, ceux qui commencent à se dire « je serais peut être Président de la République », où en sont-ils dans ce processus, de leur mue? Martine Aubry n’y est pas encore. François Hollande y est. Il ne s’agit pas de son aspect physique mais quelque chose a changé dans sa façon de parler, une certaine gravité semble s’emparer de lui. Est-ce sincère, est-ce profond, est-ce un jeu ? Ce sera à chacun et aux électeurs de le ressentir. Pour rejoindre la thèse de Serge Hefez et de l’acte manqué de Dominique Strauss-Kahn… C’est justement au moment du fameux passage, au moment où la mue devait s’opérer pour celui à qui l’Elysée était promis que le patron du FMI s’est suicidé politiquement et qu’il a détruit sa vie.

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