La loi sur le mariage pour tous a été promulguée à la veille du week-end, dans la foulée de sa validation par le Conseil constitutionnel…

Oui et cette loi sera peut-être -l’avenir le dira- la trace que laissera François Hollande dans l’Histoire. En matière sociétale, ou de mœurs (comme on disait avant), les avancées sont progressives dans la société mais elles sont validées par de grandes lois. Des législations qui -bien plus que des textes juridiques- sont des bornes symboliques qui marquent et datent l’avancée des droits. Voilà pourquoi la mémoire collective les retient beaucoup mieux que les lois touchant à l’organisation économique et sociale du pays et qui pourtant ont plus d’impact sur nos vies de tous les jours. On retient de Giscard le droit de vote à 18 ans et le droit à l’avortement. Pour la mémoire collective, Mitterrand c’est plus l’abolition de la peine de mort que les lois Auroux… Sarkozy n’a pas réussi à marquer d’une grande loi sociétale son passage à l’Elysée. Quoique fasse Hollande demain, qu’il réussisse ou rate son mandat, il restera sans doute celui qui aura permis le mariage homosexuel. Si, par bonheur, la France retrouvait croissance et emploi avant quatre ans, nos concitoyens (qui auront travaillé et fait des sacrifices pour ça) ne considèreraient pas que le Président y soit pour beaucoup ! Les lois sociétales sont les dernières qui donnent vraiment le sentiment d’émaner d’une volonté politique affirmée, en communion avec une évolution constatée. Je veux le mariage pour tous, je le fais voter. Je veux réduire le chômage… eh bien, je ne peux pas le décréter ! C’est le drame d’un chef de l’Etat d’un pays comme la France au milieu d’un monde ouvert et interdépendant.

Pourtant, François Hollande ne semble pas vouloir attacher une si grande importance à la réforme qu’il vient de promulguer !

Oui il aura fallu attendre la conférence de presse de jeudi dernier pour entendre de sa part quelques vagues mots d’enthousiasme sur le mariage pour tous. En Angleterre, David Cameron qui défend cette idée fait des discours enflammés, parle de la liberté individuelle avec ardeur. Barack Obama, qui voudrait que les Etats-Unis soient le quinzième pays à ouvrir le mariage aux homosexuels avait évoqué la question lors de son discours d’investiture pour son deuxième mandat. Et alors qu’on a l’impression que François Hollande considère qu’il tient simplement sa promesse numéro 31, une promesse parmi d’autres, Barack Obama y allait de l’une de ses déclarations à dimension historique : « on ne peut pas dire que notre mission est accomplie tant que nos frères homosexuels n’ont pas le droit de se marier ». On comprend bien le souci de François Hollande, en n’en rajoutant pas sur l’aspect historique de la loi qu’il vient de promulguer : ne pas alimenter la contestation qui n’est pas encore éteinte. C’est certainement un peu frustrant pour tous ceux qui avaient besoin que cette avancée de la tolérance, de l’acceptation de l’homosexualité par notre société soit soulignée avec un minimum d’emphase ou de solennité. Surtout que ce fut une violence pour beaucoup de voir des centaines de milliers de leurs concitoyens défiler, non pas pour protéger un droit, non pas pour en défendre un… mais, situation inédite, pour refuser qu’un droit soit étendu. La joie et les fêtes des premiers mariages, fin mai, viendront certainement donner à cette avancée, la marque symbolique populaire qui convient.

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