Vous revenez ce matin sur le pedigree politique des militants qui s’en sont pris à la police en marge des manifestations ces dernières semaines

Oui, ce que l’on sait du profil des jeunes gens qui se sont fait arrêter après l’agression des policiers quai de Valmy et de l’incendie de leur voiture, mais aussi de ceux qui ont été interpelés, sur le point de saboter le métro de Rennes, confirme qu’il s’agit bien de cette mouvance, de l’ultra gauche qui est apparue au tournant des années 2000. Il s’agit de militants entrainés à la dissimulation et d’une agilité extrême. Ils se savent filmés, écoutés, fichés, traqués et peuvent se mouvoir discrètement, très légèrement équipés, capable de se changer plusieurs fois, rapidement au milieu d’un cortège. Leur façon d’agir furtive et maline les rend très difficile à contrer par les services d’ordre des syndicats ou la police.

De quelle pensée politique se réclament-ils ?

Ils s’inscrivent dans une lignée anarchiste plus que dans quelques variantes extrémistes du communisme. La Commune de Paris les inspire plus que mai 68. Ils ont deux livres de chevet, écrits par un collectif appelé « le Comité invisible ». En fait, Julien Coupat, l’épicier situationniste de Tarnac, théoricien brillant, admirateur de Guy Debord, est l’auteur probable de L’Insurrection qui Vient et de A nos amis publiés en 2006 et 2014. Deux livres très érudits qui fascinent cette nouvelle génération d’activistes. Il faut aussi citer l’influence de l’éditeur de ces deux titres, Eric Hazan, 70 ans, l’un des meilleurs historiens du Paris révolutionnaire. Il est devenu une figure tutélaire pour les antifas, les zadistes, les nouveaux anarchistes. Ces jeunes gens ont aussi leur martyr, Rémi Fraisse, tué par la police à Sivens. Ils sont souvent issus de la classe moyenne et supérieure, blanche, sont à la fois écologistes ultras et rétifs à toute forme d’autorité. Ils n’aspirent pas à une révolutionnaire politique mais rêvent d’une révolution horizontale : chacun, avec ses réseaux, ses voisins, ses amis, doit tisser une grande toile humaine pour vivre autrement, sans lien avec aucune autorité. D’ailleurs en exergue de A nos Amis , il y a cette phrase, je cite : « Il n’y a pas d’autre monde. Il y a simplement une autre manière de vivre ». Jolie phrase qui pourrait être de Pierre Rabhi ou du pape François mais qui est signée Mesrine ! « Tout est politique », disaient leurs ainés de 68, eux proclament que « la politique est morte ». Pour doucher les espoirs du réveil de la gauche type Podemos ou Siriza en Europe, Azan et Coupat avaient publié un texte dans Libération, en janvier, qui dit ceci «toute cette politique est morte. Comme sont morts les mots (…) France, Nation, République (…) La politique a poussé son dernier râle là où elle était née, il y a plus de 2000 ans, en Grèce ; Aléxis Tsípras fut son fossoyeur. », Plus loin, ils écrivent « Ce que nous préparons, ce n’est pas une prise d’assaut, mais un mouvement de soustraction continu, la destruction attentive, douce et méthodique de toute politique qui plane au-dessus du monde sensible ». On retrouve cette idée-là dans Nuit Debout. Les violences contre la police sont l’expression la plus radicale de cette idée selon laquelle « pour habiter le monde autrement », il faut abattre toute représentation de l’autorité verticale d’Etat.

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