Sus à la crétinisation des résultats !

Oui, l’un des enjeux de chaque camp, lors d’une campagne, c’est d’arriver à imposer sa grille de lecture des résultats, la jauge qui l’arrange, faire en sorte que son étalon d’une victoire ou d’une défaite, s’impose. Surtout quand il s’agit d’un scrutin de liste proportionnelle. Par exemple, dixit LREM... arriver en tête serait un grand succès! On en arrive à considérer que si la liste Loiseau faisait 23% avec 0,5 point de plus que la liste Bardella, ce serait une formidable victoire... Alors qu’avec exactement le même score et un RN juste devant, ce serait une cuisante défaite ! En réalité, ce ne serait ni l’un ni l’autre. 23 pour le parti d’un président fortement impliqué dans la campagne, ce serait plutôt médiocre mais ce serait quand même le score du 1er tour de 2017. Le RN est le seul parti pour lequel on constate une petite dynamique, en quelques semaines de 21 à 23, 24%. Est-ce que ce serait une Bérézina s’il était deuxième à 23% ? Non... Le score qui lui est prêté pour l’instant est bon (qu’il soit en tête ou pas). Le RN est, de plus, en passe de remporter la bataille de l’opposition. 6 mois de Gilets jaunes à dominante plutôt sociale ne semble pas favoriser LFI mais consolide le statut protestataire du parti d’extrême-droite. En même temps, même avec un bon score, le RN est toujours isolé... En matière d’opération réussie de crétinisation du commentaire de résultats (selon le terme de Brice Teinturier d’IPSOS), il y a un cas d’école : 2009.

La liste UMP était arrivée en tête.

Nicolas Sarkozy avait crié victoire, toujours selon cette idée qu’arriver en tête c’est gagner. Le commentaire général avait suivi. Or l’UMP était à 29 mais représentait, à elle seule, toute la droite classique ! Un étiage particulièrement bas pour l’époque, alors que la gauche totalisait 40%. Une autre grille de lecture est tentée aujourd’hui par LR, relayée par un Figaro énamouré. C’est un étalon plus qualitatif que quantitatif. Le côté gentil garçon de François-Xavier Bellamy fonctionne. Cet homme affable et posé calme le débat... On parle d’un ‘effet Bellamy’...  Mais ses sondages à 12, 13 voire 14 sont, en fait, catastrophiques pour la droite de gouvernement alors que François Fillon, plombé par les affaires, avait fait 20% il y a deux ans. Quant aux gauches éclatées, on aura tendance à déclarer gagnante la liste qui arrivera en tête de ce camp... comme si les écologistes ou LFI pouvait être vainqueur de quoi que ce soit à 10% ! La gauche sans locomotive, sans parti phare, serait, dans son ensemble (et même par addition), l’autre grande perdante (avec LR) de ce scrutin. Sans que l’on puisse parler, pour autant, d’une re-bipolarisation de la vie politique autour du duel RN/LERM, puisqu’à eux deux, ils ne représentent même pas la moitié du corps électoral. Nous sommes donc toujours (sauf grande surprise dimanche) en phase de recomposition, coincée dans une période de morcellisation et de désaffiliation qui rend le paysage politique encore passablement illisible. C’est d’ailleurs pour cela que chaque parti va tenter d’imposer sa jauge, sa grille de lecture à son avantage.

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