Les souverainistes renforcés par la crise. Mais la souveraineté n’est pas forcément nationale.

Le courant souverainiste pense trouver, en ce moment, matière à validation. La situation de pénurie de masques, tests ou respirateurs, militerait pour un retour en force de l’idée nationale. Souveraineté veut dire ‘être maître chez soi’…. Et surtout en avoir les moyens. Le mot ‘souverainisme’, inventé, dans les années 1950, par les Québécois qui voulaient s’émanciper du Canada anglo-saxon, a été importé par les opposants, plutôt de droite, d’abord néo-gaullistes, à la construction européenne, au moment où le libéralisme économique dominait les esprits. Transferts de souveraineté politique au profit de l’Union et, très schématiquement, de souveraineté économique au profit des fonds de pension via la mondialisation, ont achevé de convaincre une partie des peuples qu’ils étaient dépossédés de leur destin et que leurs élus étaient devenus impuissants ! Le souverainisme avait, avant la crise, une assise politique d’un bon tiers de la population : Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan, une fraction de LR, une partie de la gauche chevènementiste même sans incarnation. A-t-elle progressé ? Ses représentants le croient. En revanche, LFI, très critique envers l’Union Européenne, n’embrasse pas le côté nationaliste contenu dans le souverainisme. Le philosophe, Michel Onfray, tente de faire le pont entre souverainistes de droite et de gauche avec son site, Front Populaire. Au-delà, les écologistes invoquent le souverainisme alimentaire et l’ensemble des partis pense qu’il faut amplifier les relocalisations industrielles déjà perceptibles avant la crise.

Mais la souveraineté n’est pas forcément nationale.

Non, tout démondialiser au seul profit des nations est une absurdité entretenue par un antilibéralisme économique et politique, cache-sexe du nationalisme. En réalité, selon les sujets, il faudrait, la plupart du temps, mondialiser ou relocaliser au plus près, parfois les deux. Justement, pour les questions sanitaires et d’environnement, le cadre national est peu pertinent. L’action la plus efficace combine le très local et le global. Les foyers d’infection sont à traiter par un pointillisme territorial, parfois communal (on pourrait alors parler de souverainisme municipal), et la meilleure stratégie (même industrielle) contre une pandémie serait continentale, voire mondiale ! Les nations concurrentes, aux frontières dérisoires pour la pollution ou un virus, ne sont pas les sphères les plus judicieuses. Mais il se trouve que pour des raisons historiques et donc identitaires, l'État-Nation est encore le lieu de notre vraie légitimité politique. Le fait que la circonscription de la légitimité ne corresponde plus aux circonscriptions de l’efficacité produit de l’impuissance nationale et nourrit la crise de la représentation. La tentative franco-allemande pour un financement solidaire européen de l’après-crise marque l’intérêt d’une souveraineté européenne. La réaction de trois ou quatre pays qui la bloquent montre les dégâts d’un souverainisme national. Ne jurer que par la puissance des Nations, c’est incantatoire, un peu comme quand Sadam Hussein avait, par décret, interdit le sida sur le sol irakien !  

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