Remaniement gouvernemental mardi. C'est passé presque inaperçu mais un secrétaire d'Etat a été nommé "chef des ciseaux" électoraux. Alain Marleix, ou "Alain aux ciseaux d'argent", comme "Edward aux mains d'argent" de Tim Burton. Alain MArleix, ex secrétaire d'Etat aux anciens combattants, c'est lui qui a eu l'honneur d'organiser in extremis l'hommage national au dernier poilu de la grande guerre. Et bien c'est lui qui, désormais installé Place Beauvau, avec le titre de "secrétaire d'état aux collectivités territoriales", va devoir s'atteler au redécocupage des circonscriptions législatives. Tâche délicate car du découpage aux accusations de saucissonnage, vous vous doutez qu'il n'y a qu'un pas. Que Charles Pasqua avait allègrement franchi en 1986. Dans son livre de mémoires "Les Atrides", l'ex ministre de l'Intérieur reconnait que ses ciseaux électoraux garantissaient à l'époque, "un tiers de voix à la droite, un tiers à la gauche, l'attribution du dernier tiers résultant de la glorieuse incertitude du vote." En un mot, grâce à leur tracé géographique parfois incongru, les Anglais parlent de "salamandre". Certaines circonscriptions seront toujours de droite, toujours, d'autres toujours de gauche... et c'est donc à la marge, qu'une majorité peut se faire ou se défaire. Le problème, c'est que depuis 1986, ce découpage est resté inchangé, quand la démographie a, elle, évidemment évolué. Depuis le dernier recensement vieux de 25 ans : déplacements de population, désertification continue des campagnes, densification des zones urbaines ou péri urbaines, phénomènes d'héliotropisme favorisant les départements du sud. Après moults piqures de rappel du conseil constitutionnel, la majorité actuelle s'attelle donc à la tâche. Quel sont les principes ? Que sur tout le territoire français, l'électeur soit également représenté, mais aussi que le parti qui obtient le plus de voix, obtienne au final le plus de sièges. Un découpage inique conduirait en effet à mettre tous les électeurs de gauche par exemple dans 100 circonscriptions, tandis que les 477 autres, avec pas plus d'électeurs mais tous à droite, assureraient une très confortable majorité à la droite. Aujourd'hui, nous n'en sommes pas là du déséquilibre politique. Un responsable socialiste reconnait même que "les vilennies", comme il dit, de monsieur Pasqua, n'ont finalement fait que compenser un léger avantage naturel de la gauche Mais il faut néanmoins remédier à des déséquilibres patents. Notamment en matière démographique. Un député de Lozère représente 38 500 habitants, un du Val d'Oise 180 000. Ce qui équivaut à une surreprésentation pour la Lozère, mais aussi à un travail impossible pour le député qui doit bosser sur 450 communes et 500 000 hectares de territoire quand un député citadin n'a lui, que quelques quartiers à couvrir. L'objectif est donc de dessiner des circonscriptions pesant chacune autour de 100/120 000 habitants. Sans toucher à la tradition républicaine qui veut qu'un département ne saurait être représenté par moins de 2 députés, il faudra regarder à la loupe une bonne trentaine de départements dont les populations ont évolué. Ce qui signifie que l'Hérault, l'Essonne par exemple devraient gagner un député quand Paris, qui a perdu des habitants pourrait en abandonner un voire 2. Au-délà des règles bizantines imposées par les magistrats, on ne coupe pas une circonscription par un fleuve par exemple, l'opération est à haut risques politiques vous vous en doutez. Chaque député menacé, quel que soit son bord, va faire de la résistance, sans compter que l'introduction d'une dose de proportionnelle pourrait venir compliquer un peu plus ce redécoupage. L'opposition ne demande qu'une chose : être associée aux travaux, Alain Marleix promet que "ça se fera à la républicaine". Le juste dessin des circonscriptions doit assurer l'égalité entre les citoyens garantie par la Déclaration des droits de l'homme de 1789 et la Constitution de la Ve République. Il s'agit ni plus ni plus ni moins que d'un enjeu démocratique, un grand dessein pour "Alain aux ciseaux d'argent".

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.