Avec le succès du mouvement social d'hier, la situation politique est pour le moins délicate. Au-delà de la situation sociale, nous sommes maintenant dans une situation politique assez étrange et inédite. A l'issue de la première grande manifestation de janvier, c'est le Président qui s'était exprimé en lançant le sommet social de l'Elysée. Ça n'a rien apaisé. Deuxième journée de mobilisation. Les défilés sont encore plus impressionnants, la situation sociale s'est dégradée et la réponse ne vient pas du Président mais du premier ministre. Comme si la principale cartouche avait déjà été tirée. Généralement, pour sortir d'une impasse politique le Président a plusieurs armes. Il peut - au pire - expliquer que, bien sûr, il ne veut pas changer la philosophie de sa politique mais que sa présidence doit entrer dans une seconde phase et, par exemple, décider de changer de premier ministre et de gouvernement. Seulement là, ça ne servirait à rien, parce qu'on sait pertinemment que la politique de la France est conduite, appliquée, coordonnée, au jour le jour, non pas depuis Matignon, comme c'était traditionnellement le cas, mais depuis l'Elysée. Ce n'est d'ailleurs pas le nom du premier ministre qui était brocardé, hier, dans les cortèges. Il y a, entre la rue et l'Elysée, une incompréhension qui devient préoccupante. L'affaire de la gestion du mini débat sur le bouclier fiscal est assez révélatrice. A la proposition de Pierre Méhaignerie, le président de la commission des affaires sociales, de mettre entre parenthèses le bouclier fiscal pour les plus hauts revenus, le Président a répondu qu'il n'avait « pas été élu pour augmenter les impôts »! Argument surprenant. On peut penser ce que l'on veut de la proposition de Pierre Méhaignerie. Que c'est une proposition de justice sociale bienvenue en ces temps de crise, ou que c'est une proposition qui nous handicaperait pour sortir de la crise puisque, à ce moment là, nous aurions besoin de mobiliser ceux qui peuvent investir. Cette alternative est classique mais a le mérite de refléter deux préoccupations sincères. Dire, en revanche « je n'ai pas été élu pour ça » revient tout simplement à oublier qu'entre le moment ou le président a été élu et maintenant, une crise mondiale a quelque peu changé les données. D'ailleurs, le président n'a pas été élu non plus pour faire le plan de relance et creuser les déficits. Pourtant il faut bien le faire. Et hier, le Premier Ministre a défendu le bouclier fiscal avec des arguments économiques. D'ailleurs, il l'a fait de façon plus pragmatique, plus calme et donc certainement de façon plus efficace, pour tout dire, de façon plus présidentielle. Le mode de gouvernance de Nicolas Sarkozy aboutit à cette incongruité : c'est le Premier ministre qui apparaît à ce moment fort de la contestation pour tenter d'apaiser alors que le président était apparu, l'avant-veille, plus conflictuel, plus « clivant » pour reprendre ce mot à la mode dans le marketing. Nous sommes donc a front renversé par rapport à la logique de nos institutions, même modernisées par le quinquennat. La logique de nos institutions qui veut que le premier ministre, chef du gouvernement, chef de la majorité, responsable devant le parlement, engage la bataille politique et que le Président, (Président de tous les Français) apaise, arbitre, fort de sa légitimité tirée du suffrage universel direct ! Là, on vit le contraire. Mais la structure bicéphale de l'exécutif voulue par nos institutions n'est pas faite pour ça ! Du coup, si le premier ministre voulait apaiser, il ne pourrait pas parce que tout le monde sait que le vrai, le seul, l'unique parton ce n'est pas lui. Nous touchons du doigt, aujourd'hui, les limites de la gouvernance tous azimut et sans fusible telle que la pratique Nicolas Sarkozy.

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