Vous évoquez ce matin l’affaire Cahuzac et la démission du ministre. Un drame politique. Oui, un drame politique parce qu’au début de cette affaire, quand le soupçon a commencé à peser sur le ministre du budget, le Président l’a convoqué et lui a demandé en face, de lui certifier que ces informations étaient fausses. Jérôme Cahuzac aurait fermement rassuré François Hollande et Jean-Marc Ayrault… et ceux-ci n’ont, du coup, pas lésiné sur les mots de soutien distillés en public ou en privé. Il faut dire que Jérôme Cahuzac faisait figure de cœur nucléaire d’un gouvernement dont la priorité est d’asseoir son sérieux budgétaire. Ce soutien présidentiel était absolument nécessaire parce que le ministre en charge de tenir les cordons de la bourse (et d’imposer des efforts budgétaires à toutes les administrations) doit être doté d’une autorité intacte et puissante. Jérôme Cahuzac n’avait d’ailleurs pas tremblé devant le Parlement en répondant à une question sur son éventuel compte en Suisse. Il a nié avec un aplomb rassurant pour la majorité. Ce fut aussi toujours le cas devant ses intervieweurs, ici ou ailleurs, off ou on. Aujourd’hui, on comprend que l’Elysée n’ait pas cherché à le retenir (et c’est un euphémisme). Pourtant Jérôme Cahuzac est, au regard de la justice et donc de nos commentaires, toujours innocent. Il n’est pas mis en examen …Sa démission n’est pas un aveu de culpabilité, il y a une procédure mais le soupçon est beaucoup trop lourd et le lien de confiance rompu. Jean Glavany, figure du parti socialiste, a dit hier sur France Inter, qu’il fallait faire attention au syndrome Bérégovoy, faisant référence au suicide de l’ancien Premier ministre. Oui Jean Glavany a raison de souligner qu’il ne faut pas accuser à tort et à travers ni s’acharner … Mais il se trouve que Jérôme Cahuzac n’est pas du tout dans ce cas-là. On ne peut pas parler d’acharnement ! Il est indéniable que la situation doit être terrible à vivre pour l’ancien ministre du budget. Innocent ou coupable, et même coupable, c’est le moment pour ses amis politiques de lui apporter leur soutien… Mais, jusqu’à preuve du contraire, Jérôme Cahuzac n’est pas pris dans un complot, ou une tornade médiatico-politique montée de toutes pièces pour lui nuire ou atteindre le Président ou sa politique. Il y a un aspect privé de l’affaire qui n’a pas été outrageusement exploitée, ni par la presse, ni par l’opposition. La justice semble faire son travail sans entrave, ce qui est à souligner… mais la presse aussi. Et sans excès de zèle contrairement à ce que laisse entendre Jean Glavany. Mediapart est le seul média qui se montre très insistant (c’est de l’insistance professionnelle, politique aussi, le Mediapart d’Edwy Plenel a une couleur politique) mais ce n’est pas de l’acharnement. C’est un organe de presse qui s’est spécialisé dans l’investigation et qui est à l’origine de l’affaire. Mediapart ne profère pas des accusations. Le site donne des « informations ». Les journalistes de Mediapart tiennent beaucoup à ce terme et ils ont raison. Le reste de la presse n’a pas pris les « informations » de Mediapart pour des vérités révélées, loin de là. Le ministre du budget a pu continuer son travail. Cette affaire est un drame politique et personnel, peut être un scandale mais il faut souligner que les dérives habituelles -entrave de la justice par l’exécutif, déballage généralisé par la presse et récupération politique par l’opposition- n’ont pas été de mise. Et ça, c’est positif !

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