Le gouvernement, dites-vous, risque de perdre la bataille sémantique du rail…

Oui, à deux jours de la mobilisation, il y a une idée, développée par les syndicats, selon laquelle le gouvernement serait en train de préparer une privatisation de certaines activités ferroviaires. La privatisation serait, au pire, une conséquence directe de la réforme de la SNCF, au mieux, un objectif caché. C’est sur ce thème que se prépare la mobilisation et le mot «privatisation» semble maintenant accolé à la réforme envisagée… En réalité, cette réforme a des défauts et des ambiguïtés, mais ce n’est pas une privatisation. Certaines lignes seront ouvertes à la concurrence à partir de 2020. D'autres entreprises que la SNCF (souvent des entreprises étrangères avec aussi des capitaux publics) pourront exploiter des lignes en France, à condition de reprendre le personnel qui y travaille déjà. En contrepartie, la SNCF pourra exploiter des lignes à l’étranger, ce qu’elle fait déjà, par exemple en Italie avec sa filiale Kéolis. La SNCF, qui est un EPIC, (Etablissement Public Industriel et Commercial), deviendra une Société Anonyme… mais à capitaux exclusivement publics ! Le capital de cette S.A ne pourra pas être ouvert au privé, sauf à voter une loi, que personne ne propose ! La différence entre un EPIC et une S.A à capitaux publics, c’est que la seconde ne peut pas s’endetter dans les mêmes conditions… ce qui implique, effectivement, une autre forme de gestion, d’où le changement de statut des futurs entrants. Il ne s’agit donc pas d’une privatisation : la SNCF sera une entreprise non plus d’Etat mais appartenant à l’Etat, exactement comme France Télévision ou Radio France.

Mais certaines lignes seront quand même gérées par des entreprises privées

Oui, très peu en fait parce qu’il y a des contraintes de service public liées à la nature de l’activité et aux contrats qui seront passés avec les régions… Le rapport Spinetta explique que, pour que la SNCF puisse investir et se développer, il faudrait que l’Etat reprenne la dette de l’entreprise et injecte 400 millions par an… L’Etat promet de reprendre la dette et de continuer à investir, mais, voulant rester dans les clous des déficits vis-à-vis de Bruxelles, il n’est pas du tout précis sur les délais ! Ce qui ne garantit pas, pour l’instant, une amélioration rapide pour les usagers ! A deux jours du début de la grève, personne, au gouvernement, à la direction de la SNCF, parmi les dirigeants syndicaux, ne peut prévoir l’état de la mobilisation. Et surtout, au-delà de son caractère massif ou non, personne ne peut prédire la nature de cette mobilisation. Simplement catégorielle ou à caractère plus global ? Ce que le gouvernement redoute (sans y croire vraiment),  c’est la coagulation des mécontentements (ce que les syndicats appellent la «convergence des luttes») ou la «grève par procuration»  comme en 1995.  Si l’idée selon laquelle cette réforme est un désengagement de l’Etat, une privatisation rampante de la SNCF, s’installe, alors, compte-tenu de la charge symbolique de cette marque de service public dans l’imaginaire français, une colère nationale peut se lever et être le carburant d’un mouvement politiquement ravageur pour la majorité. 

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