Les cheminots ont donc fait la JONCTION avec les fonctionnaires en grève. Mais ce n'est pas la seule jonction qui vaille ces jours-ci. Jonction, vous avez dit jonction ? Il y a parfois d'étonnantes connexions. Vendredi, vous avez peut-être entendu, sur France Inter, Arlette Laguiller annoncer qu'elle était prête à passer "localement des alliances électorales avec le parti socialiste lors des élections municipales de mars prochain". Avec qui ? Oui, vous avez bien entendu, avec le parti socialiste. En un mot comme en cent, avec le grand satan ! Car il ne s'agit pas d'une information, non, mais bien d'une révolution ! Bon d'accord, il ne s'agit pas encore de mélanger allègrement le marteau, la faucille et le poing à la rose. La numéro 1 de Lutte ouvrière prend soin de préciser qu'il ne s'agit que "d'accords locaux", ponctuels. Des discussions seraient engagées à Saint-Brieuc, pour que LO participe à la liste de la très royaliste Danielle Bousquet, à Lorient ou à Angers. Accords locaux peut être, mais enfin, inédits. Si au second tour de l'élection présidentielle, Arlette Laguiller avait appelé à voter Ségolène Royal, elle même le faisait avait-elle dit, "sans réserve et sans illusion", pour faire barrage à Nicolas Sarkozy. C'était déjà, une première avancée, puisque pendant toute la campagne, LO avait mis comme depuis toujours, dans le même sac, les candidats socialiste, UMP ou UDF, tous tenants et défenseurs du Grand Capital, bonnet blanc et blanc bonnet pour exploiter les travailleurs. Avancée aussi parce qu'en 2002, à l'inverse, Arlette Laguiller s'était refusée à appeler à voter Jacques Chirac contre Jean-Marie Le Pen. Ce "ni ni" avait fort déplu à certains des électeurs pas tous marxistes de formation, de celle qui était devenue au fil des ans, une pasionaria mi branchée, mi ringarde, en tout cas, inchangée, cohérente avec son passé et 100% contestataire, et c'était bien pratique ! Mais là évidemment, des "accords locaux" avec le PS, c'est un pas de plus pour rompre avec la stratégie de splendide isolement qui a été celle de Lutte Ouvrière depuis des lustres, exceptée la brève parenthèse de l'aventure commune avec la LCR lors des élections européennes de 1994. Mais enfin, le gouffre idéologique qui sépare LO de la LCR, semble moins béant que celui qui sépare LO du PS. Alors pourquoi un tel rapprochement ? Parce que Lutte ouvrière est sorti exsangue de la dernière présidentielle, et qu'avoir des élus, c'est une question de survie. 1,33% des voix pour Arlette Laguiller. Score horribilis comparé au 4% d'Olivier Besancenot. Parce qu'Olivier Besancenot justement, est devenu au fil de son ascension, moins un comparse pour Arlette Laguiller qu'un concurrent à l'extrême gauche. Fort de sa jeunesse, de sa popularité, de sa cohérence idéologique débarassée des oripeaux, au moins sémantiques, d'un trotskisme qui aujourd'hui ne dit plus grand chose à grand monde, Olivier Besancenot fait le pari de la construction d'un nouveau mouvement anti capitaliste. Face au boeuf, Arlette Laguiller n'a pas envie de jouer la grenouille. Elle choisit donc, contre toute logique de tourner le dos aux propositions de la LCR, pour préférer l'ennemi de toujours, l'ennemi de classe, le PS. Tout en affirmant très sérieusement, que si elle dit non au premier "c'est pour garder ses bases programmatiques politiques, le marxisme, le communisme, le trotskisme" précise-t-elle. Allez comprendre comment elle ne reniera pas tout cela en faisant la jonction avec le PS. Alors Arlette a-t-elle décidé de vendre son âme au diable ? N'exagérons rien, mais on ne dira jamais assez les ravages que semble faire la mode de l'ouverture politique ces temps ci dans notre pays !

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