Les militants du PS votent pour choisir leur Premier Secrétaire. Et ces derniers jours, les principaux leaders ont invoqué l’identité du parti, comme si le choix d’aujourd’hui pouvait remettre en cause la nature du socialisme français. Les dirigeants socialistes s’enflamment outre mesure et invoquent l’histoire. Ségolène Royal singe Zola en lançant hier soir d’emphatiques « j’accuse » et Bertrand Delanoë affirme que le choix d’aujourd’hui « est un choix sur l’identité même du socialisme ». Devant une telle dramatisation, retour sur les grands débats entre socialistes pour vérifier si le choix entre Aubry, Hamon ou Royal pouvait s’inscrire dans la continuité de cette histoire : Le premier grand débat classique au sein de la SFIO c’est entre Jules Guesde et Jean Jaurès - ça fait loin mais c’est le premier congrès ou les socialistes s’interrogent sur leurs méthodes et/ou pointe des rivalités de personnes. C’était en 1900 à Lille. Lire ces textes avec en tête ceux du congrès de Reims revient à friser la migraine ! Rien ne colle. Quand Jaurès défend face à Guesde l’idée que les socialistes peuvent parfois participer à des gouvernements bourgeois, il cite Marx qui disait « nous socialistes sommes avec le prolétariat contre les bourgeois et avec les bourgeois contre les hobereaux et les prêtres ». On se dit tiens, en tirant par les cheveux, aujourd’hui ça ferait par Ségolène Royal : « nous socialistes sommes avec les communistes contre le centre et la droite et avec le Moden contre le sarkozysme ». Bof, ce n’est pas très convaincant. Donc, outre le fait de se sentir les héritiers, plutôt de Jaurès que de Guesde, le débat interne aux socialistes français n’a strictement plus rien à voir avec les débats historiques du début du 20ème siècle. Mais Ségolène Royal va encore plus loin. Elle dit à Reims « nous sommes les socialistes et nous étions là en 1789 ». Plus fort encore, Martine Aubry affirme que le PS est né du siècle des lumières. Ce n’est sans doute pas faux mais ça ne l’est pas non plus pour le PC, les verts, l’UMP et le Modem ! Le débat Rocard/Mitterrand a peut-être plus de résonnance avec Reims ? On saute le débat Léon Blum/Guy Mollet de l’après guerre et on constate que même la controverse Rocard/Mitterrand n’a rien à voir avec ce qui sépare les concurrents d’aujourd’hui. Il s’agissait du discours de Michel Rocard sur les deux cultures en 77. Rocard se situe lui-même dans la lignée de Jaurès pour un socialisme ouvert et décentralisateur privilégiant le contrat au conflit et renvoie l’autre culture du PS du côté de Jules Guesde, du jacobinisme et de l’affrontement social. Aujourd’hui, qui est l’héritier de qui ? Ségolène Royal Mitterrandienne pure sucre prétend incarner un PS ouvert. Martine Aubry qui prenait à Reims des accents ouvriéristes est en fait une sociale démocrate à Lille. La distinction des deux cultures définie par Michel Rocard n’a plus de traduction aujourd’hui. Au fameux congrès de Rennes en 90 les Jospiniens accusaient Laurent Fabius de vouloir faire un parti de supporters ! Ha, là on y est ! Exactement le même reproche –dans les mêmes termes - que les partisans de Martine Aubry font à Ségolène Royal - sauf que parmi les accusateurs cette fois, il y a Laurent Fabius, aujourd’hui considéré comme l’une des incarnations du parti de militants ! On a le tournis ! Aujourd’hui, le débat entre socialistes est donc inédit. Les trois candidats ont approuvé la même déclaration de principe cette année. Une déclaration qui affirme que le PS, comme le dit Michel Rocard, ne sacrifie plus au « patois Marxisé » et consacre l’orientation d’un socialisme démocratique réformateur. C’est un texte honnête puisqu’il reflète enfin la façon dont les socialistes gouvernent, en fait loin du romantisme des discours de congrès. Le choix se situe entre des personnalités et pas des politiques : une nouvelle personnalité, Benoit Hamon, plutôt à gauche du parti et deux femmes d’expériences, deux styles. Mais bien mâlin celui qui dira laquelle des deux est la plus socialistes. Tous ceux qui invoquent les grands anciens ne font que brandir de façon un peu ridicule les vrais morceaux de la vraie croix.

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