**Les politiques ont abondamment réagi à la drôle de victoire de l’équipe de France avant hier. Oui et la plupart des réactions d’hommes ou de femmes politiques vont de « ce n’est pas glorieux mais c’est la loi du sport » à « ne faisons pas la fine bouche, on est qualifié ». Le Président lui, oppose un « ce n’est pas mon affaire mais celles des instances internationales du football » …il ne veut pas soutenir la décision du gouvernement irlandais qui approuve la fédération de foot d’Irlande dans sa demande de voir le match rejoué. C’est donc la ligne officielle de la France. Le foot est devenu tellement important, les enjeux financiers si considérables et sa popularité si puissante qu’on en arrive à soutenir une position aussi contraire a tout ce que l’on prétend défendre par ailleurs. Le foot est une sorte de vache sacrée devant laquelle les politiques se prosternent et oublient d’avoir des reflexes normaux. Hier soir Rama Yade, secrétaire d’Etat aux sports, pouvait en arriver à dire pour prolonger la pensée du Président, je cite : « l’essentiel est acquis, la France sera en coupe du monde »… c'est-à-dire que Thierry Henri dit « oui, j’ai touché la balle avec la main mais l’arbitre n’a rien vu »…les ministres qui s’expriment sur la question valident ça …donc, « pas vu pas pris » c’est l’essentiel pour le gouvernement aussi ! Les hommes politiques qui se gargarisent de ce pénible slogan démago, « le vivre ensemble » valident aujourd’hui, la triche en douce, le résultat à tout prix. L’essentiel serait donc d’être qualifié, d’assurer TF1 qu’il n’a pas dépensé des millions de droits de retransmission pour rien, de rassurer les équipementiers et les sponsors de l’équipe de France… d’assurer aux millions de fans de foot français un soulagement même un peu honteux… Ce n’est pas très glorieux effectivement ! Imaginons simplement que le foot ne soit pas devenu une industrie pourrie et que les joueurs de foot, ou les sportifs de hauts niveau et professionnels, en général, aient encore des réflexes normaux, sportifs quoi. Thierry Henry, qui a fait une main, qui a été vue par des millions de gamins de France et du monde qui l’admirent, aurait eu alors une autre attitude. Il aurait fait un truc que tout le monde fait quand il joue au foot avec ses enfants mais qui est devenu impensable dans l’industrie du foot. Imaginons qu’il ait dit à l’arbitre « il n’y a pas but monsieur j’ai fait une main ». Imaginons qu’il ait expliqué après ça, devant les caméras qu’il ne pouvait pas qualifier son équipe sur une tricherie, il serait entré dans l’histoire du fairplay et aurait fait un acte éducatif inestimable. Ou alors soyons moins idéaliste. Imaginons qu’il n’ait rien dit mais que les autorités politiques (ou simplement celle du foot français) aient pris la décision hier de soutenir la demande des irlandais de rejouer parce qu’il y a eu triche. Là on aurait pu dire que l’essentiel était sauvé ! Il faut simplement penser à ces milliers d’éducateurs et profs de gym à travers la France, qui toutes les semaines, avec des salaires qui représentent, par mois, dix minutes de travail pour Thierry Henri, tentent de se servir du foot, la passion de tant de gamins, pour inculquer les règles de la vie en société, le respect de l’autre. Ces éducateurs sont catastrophés ce matin. Nous avions déjà eu un autre exemple qui nous montrait l’aplatissement populiste des politiques devant la puissance du foot de haut niveau. Quand Jacques Chirac avait dit qu’il comprenait que Zinedine Zidane (le héro absolu des français) ait pu préférer une mâle vengeance plutôt que la maitrise de soi et la justice, après son coup de tête contre Materazzi en finale de la coupe du monde… ce n’est pas la peine de défendre une soi-disante « politique de civilisation » pour en arriver à glorifier le « pas vu pas pris ».**

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.