On a beaucoup parlé, depuis dimanche, du psychodrame, mais la victoire, même courte, de Jean-François Copé a aussi une signification politique…

Oui, on attendait aussi de cette élection, que soit tranché, une bonne fois pour toutes, un débat stratégique et idéologique qui mine la droite parlementaire depuis la création du ministère de l’immigration et de l’identité nationale par Nicolas Sarkozy mais surtout depuis l’offensive droitière basée sur des thèmes identitaires du discours de Grenoble en 2010, poursuivie pendant la présidentielle. Les deux branches de l’alternative que proposaient Copé et Fillon étaient les suivantes : d’un côté, Copé avait embrassé la stratégie inspirée par le conseiller occulte, le politologue-historien Patrick Buisson. Buisson et ses clercs fascinés sont persuadés qu’ils travaillent pour une France silencieuse, invisible et victime, la France périphérique des humbles de la « Creuse et du Cantal » plutôt que pour les habitants des banlieues surmédiatisées et décrits comme des enfants gâtés qui dénaturent la Nation. Cette vision de ce que doit faire l’UMP était détaillée dans l’une des rarissimes interviews que Buisson a accordées. C’était dans Le Figaro la semaine dernière… Il y invoque aussi les racines judéo-chrétiennes sur lesquelles il voudrait que la droite bâtisse ses projets… Alors, on voit bien ce que ces références peuvent donner comme discours, quels messages il délivre, quelle clientèle politique il vise mais on ne voit pas encore à quel programme politique il aboutit. Jean-François Copé a qualifié sa ligne inspirée de Buisson, de « droite décomplexée ». De l’autre côté, l’autre branche de l’alternative, Fillon… c’est une droite traditionnelle, conservatrice mais respectueuse des formes, rétive aux discours clivants à forts accents identitaires.

Et ce débat n’est donc pas vraiment tranché par le résultat proclamé hier soir!

Non, pas vraiment…bien sûr Jean-François Copé a gagné mais on se demande si les militants ont choisi une ligne politique ou le caractère d’un homme qui semble s’opposer avec plus de vigueur à la nouvelle majorité ? Bien sûr il y a la motion, conduite par l’ancien Front National Guillaume Peltier, intitulée la « droite forte » qui est, semble t’il, arrivée en tête (on aura le décompte des motions aujourd’hui)… mais le résultat de cette élection semble montrer aussi un fort décalage entre la radicalité des militants UMP et la modération des électeurs potentiels de ce parti. Rappelons qu’en ce moment, Fillon est l’homme politique français le plus populaire. Copé est-il vraiment devenu ce qu’il a bien voulu montrer pendant la campagne ? …L’homme du pain au chocolat, l’homme cassant qui cherche toujours plus l’affrontement que l’apaisement. Ou a-t-il surjoué le hussard de l’opposition intransigeante pour plaire aux militants qu’il sait être plus radicaux que les sympathisants ? On le verra vite au ton de ses prochains discours. Si Fillon, qui parle de « fracture morale et politique », semble en douter, on peut quand même prévoir un recentrage du nouveau président de l’UMP si mal élu ! Après tout, c’était à ce micro l’année dernière, Jean-François Copé avait affirmé, à propos du mariage homosexuel, que si son parti n’était pas prêt à l’accepter, lui, en revanche, à titre personnel, n’y était pas hostile. Il a changé ! Mais il ne faut jamais douter de la formidable élasticité idéologique qui caractérise souvent ceux qui veulent le plus devenir Président de la République.

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