Ce matin Jean-Marc Ayrault sera, ici même, pour préciser les contours de son initiative qui vise à « mettre à plat » toutes les questions de la fiscalité…

Oui, « mettre à plat », c’est le terme qui a d’abord été choisi par Jean-Marc Ayrault pour éviter une autre formule, celle de « réforme fiscale ». Qui rappellerait trop une promesse non tenue. Et puis hier, à l’Assemblée, puisqu’il faut bien appeler un chat un chat et une taxe une taxe, le Premier ministre a enfin parlé de réforme. Réforme qui débutera donc par une « remise à plat ». « Mettre à plat » c’est prendre les Français et les partenaires sociaux, les forces politiques à témoin et les responsabiliser. Quand on « met tout à plat » c’est que l’on constate que ce que l’on a fait jusqu’ici n’a aucune chance d’être compris et accepté, donc ne marchera pas. Vouloir « mettre à plat » c’est une sorte de geste d’énervement et de lassitude, un « démerdez-vous » en plus poli : « vous n’acceptez pas les hausses d’impôts ? Vous n’acceptez pas les réductions de dépenses ? Expliquez-nous comment vous voulez boucler le budget dans les contraintes qui nous sont imposées ? » semble nous dire Jean-Marc Ayrault. Certains, dans la majorité expliquent qu’autour du plan de travail, il faudra réunir le plus d’acteurs possible. Un conseiller du Premier ministre suggère même d’associer le Front National à la réflexion pour mettre en lumière ses incohérences, le forcer à faire des propositions, à les chiffrer. Les données, les ordinateurs de Bercy devraient même être disponibles pour tous ceux qui seront invités à participer, suggère ce conseiller. Avec l’idée de tout chiffrer, tout évaluer…

Cette initiative est aussi un indéniable coup politique !

Oui, il fallait bien sortir de cette situation dans laquelle le gouvernement se trouvait. Pour chaque contestation, il était placé devant une alternative : soit passer en force soit céder. L’impopularité record du Président l’empêche de parler sans risquer d’envenimer la situation. Quand on dit que l’on veut réformer en mettant « tout à plat, tout sur la table », c’est que l’on ouvre toutes les possibilités. Chaque corporation, chaque métier, chaque ménage en colère peut être tenté de reporter ses revendications. Le plan de Jean-Marc Ayrault ne garantit pas la fin des divers mouvements de contestations mais à partir d’aujourd’hui tous ceux qui contesteront un impôt (dans la rue ou en faisant du contournement fiscal) se verront répondre que tout sera revisité en 2015. On sort de la question corrosive et lancinante « François Hollande va-t-il encore céder ? ». Réformer la fiscalité morceau par morceau, c’est l’assurance de multiplier les contestations. Il s’agit donc aussi de forcer chaque groupe de pression, chaque syndicat à prendre la fiscalité dans sa globalité. Le grand risque de cette initiative c’est qu’en ouvrant de façon aussi large le champ des possibilités on ré-ouvre des débats idéologiques, voire théologiques sur l’impôt. Le débat fiscal devra rester un débat technique sans que soit reposée la question de la nécessité ou non de réduire les déficits. Sinon c’est toute la cohérence de la politique de François Hollande qui sera sur la table et donc la fin de toute son autorité. Après avoir ouvert en grand le débat, le Premier ministre doit d’urgence commencer à en préciser les contours et la méthode. Ce sera, en tout cas le sens de nos questions ce matin.

Pour aller + loin

> Virevolte fiscaleC'est la surprise du jour. Alors que les députés doivent se prononcer cet après-midi à l'Assemblée sur le projet de budget pour 2014, Jean-Marc Ayrault annonce "une remise à plat de la fiscalité." Annonce faite dans un entretien accordé aux Echos

> L'édito de Dominique Seux > La réforme permanenteL'éco du jour par Philippe Lefebure

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