Depuis hier LREM dispose d’un chef, d’instances dirigeantes, a-t-elle pour autant une ligne ?

Pas vraiment ! Ceux qui attendaient une réponse à la question « En Marche, pour où ? » repasseront! Christophe Castaner a répété samedi que le parti devait être celui de la bienveillance, de l’optimisme… Ce sont là des dispositions d’esprit, des façons d’être « En Marche », pas des indications sur la destination. Il évoque aussi des grandes causes pour le parti: la préservation de l’environnement, l’égalité homme-femme et, « c’est à voir » dit-il, pourquoi pas une cause médicale. Ben pourquoi pas, la santé c’est important ! On dirait un mécène qui se cherche une œuvre! Voilà de l’idéologie pour le moins vaporeuse. Comme si l’idée était juste de conserver la société d’aujourd’hui mais en faisant en sorte qu’elle marche mieux. Ce n’est politiquement pas très consistant ! Mais au fond, est-ce que régler des problèmes, colmater les brèches de la société, ne serait pas un objectif certes modeste (au regard du discours habituel toujours tourné vers toutes sortes de révolutions, sans cesse proclamées, jamais réalisées)…modeste mais honnête. Après tout, les Français depuis des décennies attendent surtout d’en finir avec le chômage de masse ?

Vous décrivez-là un vide politique absolu ?

Nous aurons l’occasion de vérifier ça ou non à 8H20 avec Christophe Castaner, notre invité. Mais, bien qu’ils ne le définissent pas eux-mêmes, on peut quand même établir le pedigree du macronisme et donc son but politique. Il s’agit d’une tradition très ancienne qui se rénove : les modérés libéraux (modérés aussi dans leur libéralisme). Sous la révolution, c’était les constitutionnels de Mirabeau, puis les Girondins, toujours à tenter de survivre et se frayer un chemin entre les réactionnaires et les révolutionnaires. Après la guerre, c’était le MRP, la gauche modérée, les centristes. Ce grand marais central, quand il n’est pas écrasé par les forces aux caractères idéologiques plus affirmés, est coupé en 2 par la césure droite/gauche et notre propension à préférer l’absolu et l’affrontement au compromis et au contrat. Mais ce qui rassemble maintenant tous les modérés libéraux, plus ou moins sociaux, c’est bien l’Europe. Voilà l’horizon. La référence 2005 reste pertinente. Le macronisme est l’expression 2017 de la France du Oui. Cette France du Oui n’est sans doute pas plus majoritaire absolue aujourd’hui qu’il y a 12 ans, mais au moins est-elle cohérente et majoritaire relative car si l’on peut additionner les France du Non  pour faire une majorité du refus, les non nationalistes de droite, sociaux souverainistes ou altermondialistes de gauche, ne peuvent pas se trouver un projet commun! Ils peuvent gagner un référendum mais pas une présidentielle... tant ils n’ont rien à voir entre eux. Dès lors, comment le macronisme peut-il gouverner sans entretenir les fractures révélées par 2005 ? Non pas tant en se forgeant d’urgence un grand discours global ou en inventant, à la hâte, une nouvelle idéologie mais déjà en ayant vite des résultats dans le domaine économique et social, sur le chômage, non pas en changeant la société, mais en réparant et en adaptant celle-ci, au monde qui vient.

Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.