Comment sortir de la crise des Gilets jaunes…

Distinguons quatre  scénarios : le pourrissement, la sortie négociée, la version 5 étoiles et la prise de conscience écologique. Première hypothèse, le pourrissement (ou l’épuisement). A l’image de Nuit Debout ou de la Manif Pour Tous, nous assisterions à l’expression bruyante du désarroi d’une partie de la population qui prétend être LE peuple ! Une minorité dont l’action, amplifiée par les réseaux sociaux, fait illusion... et d’abord à elle-même. Désorganisée, avec des revendications peu précises, qui deviennent au fil des jours extravagantes (dissolution, démission du président) sans interlocuteurs reconnus, le mouvement se caricature, les leaders auto-proclamés disent n’importe quoi, puis faute de trajectoire, de sens du coup d’après, s’éteint de lui-même, au fil des évacuations par la police des sites bloqués. Deuxième hypothèse, plus rare pour un mouvement spontané : la victoire négociée. Le gouvernement cède devant la détermination des activistes et la popularité de leur cause. Ce fut le cas pour les bonnets rouges avec l’Ecotaxe. Eux avaient réussi à se structurer. Il faudrait aussi, pour que le pouvoir cède, que les gilets jaunes soient rejoints par des corporations plus organisées : camionneurs, ambulanciers, taxis, forains. Ce n’est pas le cas.

Troisième hypothèse, le scénario 5 étoiles italien.

C’est un fantasme qui court les réseaux sociaux d’extrême-droite. Ils rêvent de voir naître, comme en Italie, un mouvement populaire pour servir de point d’appui au RN afin d’accéder au pouvoir. Mais si l’on trouve des similitudes entre les Gilets jaunes et 5 étoiles, sociologie, défiance envers les élites, volonté de développer une démocratie directe… les différences sont notables et donnent peu de crédit à l’hypothèse : 5 étoiles part du charisme d’un homme, Bepe Grillo, entouré de théoriciens politiques et surtout, la Vème République sécurise, quoi qu’il arrive, l’exécutif pendant cinq ans… Dernière hypothèse, qui serait signe de maturité de notre vie politique : la prise de conscience écologique puisque la hausse des carburants est officiellement justifiée par la transition écologique. L’idée qu’il faut changer de modes de transport et au-delà de mode de vie. Et puisque c’est le président qui catalyse les mécontentements, il faudrait que celui-ci trouve le moyen de dramatiser l’enjeu. Non pas par tactique mais parce que l’enjeu est dramatique et que la transition énergétique peut être une nouvelle frontière, le but du quinquennat. But qu’Emmanuel Macron peine à définir. Bien sûr,  la campagne présidentielle ne s’est pas faite sur cette question… quoiqu’il s’agissait bien d’adapter la France au monde qui vient. La transition demande une vision qui dépasse très largement le prix des carburants et englobe la politique industrielle, l’aménagement du territoire et, en réalité, toutes nos habitudes. Ça ne peut se faire sans quelques bouleversements douloureux mais prometteurs de vie meilleure. Pour l’instant, Emmanuel Macron ne semble pas imprégné de cette conviction, de cette détermination ou de ce courage. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’argument transition pour la hausse des carburants n’est pas cru, toujours considéré comme une hypocrisie… La fin du mouvement a donc toutes les chances d’être classique : le pourrissement, espérons-le, sans trop de violences.

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