"Sans vous, rien n’est possible" voilà ce qu’Emmanuel Macron a lancé, hier, aux maires de France réunis porte de Versailles. Et cette affirmation, mélange de déclaration d’amour, d’encouragement et d’appel au secours, n’est pas une simple politesse républicaine de circonstance.

Dans cette ambiance de crispation générale, au moment où l’on parle de ce qu’il est convenu d’appeler l’archipelisation du pays... rien n’est plus vrai, ‘sans les maires, rien n’est possible’

Qu’il s’agisse de l’emploi, du logement, de l’éducation, de l’accès aux soins, de la dépendance, des transports, de l’aménagement du territoire, de l’environnement, de la sécurité, de la laïcité, aucune politique ne peut être appliquée sans le concours de l’échelon de proximité : la municipalité. 

Aujourd’hui plus que jamais. Dans ce monde toujours plus impersonnel, aux responsabilités diluées, régi par une économie globale, par des entités abstraites, éloignées, financières, numériques, désincarnées, le maire est la seule personnification du pouvoir palpable, par tous. Pas le pouvoir devant lequel on se courbe, non celui qui nous représente et agit concrètement. Pouvoir sur la vie de tous les jours, des activités périscolaires, du ramassage des poubelles, du cœur de ville déserté ou animé, du dernier médecin qui s’en va ou du centre de soins qui ouvre, de la police à vélo ou des caméras de surveillance. 

Le maire fait le lien, fleurit le monument aux morts devant les anciens et les écoliers, le 11 novembre, il marie, réconforte quand un accident endeuille la commune...

Le maire, en réalité, c’est le pouvoir moderne et de toujours, simple, sans ostentation, à portée d’engueulade mais (la plupart du temps) respecté. Il ne s’enrichit pas. Il se pose la question de sa réélection... pas pour gérer sa carrière mais parce qu’il s’use à la tâche. 

La France compte 36.681 communes...

Dont 34.672 de moins de 5.000 âmes. Dans ces communes, une bonne partie de la population a le numéro de portable du maire, le tutoie, l’a connu enfant et l’appelle par son prénom. L’avenir de la politique (par exemple pour de l’environnement), c’est le global et l’ultra local. La relocalisation n’est pas uniquement bonne pour l’alimentation et le travail. Elle est nécessaire pour toute l’organisation collective. Le mot ‘politique’, d’ailleurs, ne veut-il  pas dire, ‘vie de la cité ?’ 

C’est sûr, rien ne se fera sans les maires ! 

Plus prosaïquement, le macronisme ne se fera pas sans les maires. Dans la promesse du candidat Macron, il y avait l’idée de redonner les manettes aux acteurs de terrain, de faire confiance à la société... Et puis, il ya eu le contraire : le jupitérisme. Emmanuel Macron s’était présenté comme une alternative à l’impuissance successive des gauches et des droites de gouvernement. Impuissance, qui n’est, pour le coup, pas reprochée aux maires de droite ou de gauche. 

C’est sans doute aussi pour cela que LREM n’est pas parti pour briller aux prochaines municipales. Paradoxalement, la réussite ou l’échec de l’expérience politique d’Emmanuel Macron est très largement entre les mains des maires (dont très peu seront étiquetés EM après mars)... Voilà sans doute aussi pourquoi son ‘sans vous, rien n’est possible’ avait des accents particuliers de conviction.

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