Retour sur une initiative, disons bizarre, du ministre de l’Intérieur. Oui Gérald Darmanin a suscité la sidération, mercredi, en expliquant que, selon le nouveau schéma de maintien de l’ordre, les journalistes désirant couvrir une manifestation devraient se rapprocher du préfet, pour être inscrits, donc protégés.

Et ne pas risquer d’être interpelés par les forces de l’ordre. 

Dans la soirée, devant la bronca générale, celui qui apparait de plus en plus comme le ministre de l’Intérieur, des cultes et des syndicats de police, a dû préciser que ce ne serait pas obligatoire. Mais y avoir pensé c’est encore un glissement autoritaire. Dire cela n’est pas du corporatisme. 

Il existe des systèmes d’accréditation auprès des autorités pour couvrir des évènements officiels fermés au public… un sommet de chefs d’Etat, par exemple… logique. Pas besoin de se signaler, en revanche, pour toute manifestation sur la voie publique ouverte à tous ! Parfois, les journalistes portent un brassard dans lequel ils glissent leur carte de presse. 

Mais par les temps qui courent, se signaler comme journaliste ne protège plus (comme avant) des coups de matraques ni de la vindicte des manifestants. Plus souvent, pour mieux s’imprégner d’une atmosphère, il est plus judicieux de se mêler à la foule sans signe distinctif.  

La question, aujourd’hui, c’est aussi de savoir qui est journaliste, qui ne l’est pas ! 

Ça ne peut pas se résumer à la seule possession d’une carte de presse. Celle-ci est attribuée par une commission professionnelle. On ne l’obtient qu’au bout de trois mois de travail pour un ou plusieurs organes de presse. Mais il existe aussi des reporters sans carte, qui travaillent pour un site militant, une association… 

Ils ne sont pas officiellement reconnus par la profession mais, de plus en plus, ils fournissent les organes de presse en images. Il y a enfin le manifestant ou le passant qui filme, comme dans l’affaire Georges Floyd, il est une source d’informations brutes incontournable. 

D’autres utilisent les codes du métier pour accréditer des vérités dites ‘alternatives’, c’est-à-dire des mensonges. Il ne suffit pas de posséder une clé de douze pour être plombier. De même, avec les smartphones et les réseaux sociaux, n’importe qui possède les outils de l’information. Les caméras sont maintenant partout dans les manifestations. La frontière entre acteur et témoin n’est plus nette et certains utilisent ce flou. Le tri sur le terrain n’est pas possible et serait même dangereux pour les libertés. 

C’est à la diffusion de l’information que l’on reconnait un vrai travail de journaliste. Là est toute la difficulté. Les journalistes vivent des temps difficiles. Leur métier est singé, décrié… ce n’est donc pas le moment de saper encore plus leur crédibilité en multipliant les mesures de contrôle. Un critère, quand même, pour reconnaitre un vrai journaliste : il ne va pas se signaler auprès de la préfecture avant une manifestation. 

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