Le ton monte entre les médias et le gouvernement.b> Oui, et la consigne vient directement de l’Elysée. Ce weekend et hier, chacun à leur façon, Xavier Darcos et Fréderic Lefebvre ont mis en cause la presse qui se livrerait a un travail de sape contre le président. Les médias, se seraient acharnés sur l’affaire Mitterrand, comme sur l’affaire Jean Sarkozy ! Fréderic Lefebvre a même été jusqu'à affirmer hier que tous les journalistes ou presque avaient dit que Fréderic Mitterrand était pédophile…ce qui bien sûr est faux. D’ailleurs Fréderic Lefevre n’a pas pu citer un seul nom de journaliste qui ait affirmé ça. Quelques heures avant c’était Rama Yade qui accusait la presse d’avoir déformé ses propos concernant sa prise de position sur les affaires Mitterrand et Jean Sarkozy. Mais la mode dépasse les clivages. Quelques semaines plus tôt c’était Martine Aubry qui accusait les médias de faire un procès à sens unique contre la direction du PS dans l’histoire des votes au congrès de Reims. Ségolène Royal voyait, de son côté, une cabale contre elle de la part d’un grand groupe de presse. La presse est quand même parfois responsable de l’état du débat public !! Non ? !Oui, bien sur, certains matraquages et une tendance au panurgisme détourne parfois le débat public des vrais sujets. Alors c’est vrai que dénoncer la colère des politiques à notre égard est un peu court et procède de la même facilité. En réalité, quand Fréderic Lefebvre (qui traduit la pensée de Nicolas Sarkozy) dit que « la presse est devenue le principal opposant au Président », là nous sommes au cœur du problème. C’est une réflexion qui fleure bon le Alain Peyrefitte d’antan et montre que nous sommes toujours sous l’empire de cette vielle façon de faire de la politique, très XXème siècle. Le pouvoir n’admet pas les contre-pouvoirs. Fréderic Lefebvre, confond opposition et contre pouvoir. Pourtant, l’élection de Nicolas Sarkozy était une promesse de modernisation de la gouvernance, de rupture avec les vieilles pratiques, c’est du moins ce que l’on nous annonçait. Cette modernisation n’a pas eu lieu. En fait de modernisation, le discours des politiques s’est professionnalisé à outrance. La communication politique a pris le pas sur le débat politique. Les stratégies de communication de la majorité sont élaborées à l’Elysée par des pros qui disposent (à foison et à nos frais) d’instruments de mesure de l’opinion. Quand Nicolas Sarkozy imprime un rythme effréné, non pas aux réformes mais aux annonces de réformes, il fait plus de com’ que de politique. Quand les « éléments de langage », c'est-à-dire les mots, les phrases, que chaque leader de la majorité doit prononcer sur un thème précis, sont élaboré à l’Elysée et envoyé quotidiennement dans chaque ministère, c’est de la communication plus que de la politique. Tous les jours nous avons un exemple. L’histoire des fichiers policiers qui font polémique depuis hier. Si l’Elysée avait voulu en faire un débat politique et démocratique, le sujet aurait été porté au Parlement, comme le réclament d’ailleurs les parlementaires. Mais le sujet est réintroduit par un décret pondu à la faveur d’un fait divers. On choisit donc le registre de la com’. Les journalistes politiques ne font plus d’analyse politique c’est inutile, ils font du décryptage de stratégie et de communication. Face au discours politique du pouvoir, autrefois il y avait forcement, naturellement et avant tout le discours de l’opposition politique. Quand la com’ prend le pas sur la politique c’est le journalisme (tant qu’il le peut) qui fait office d’empêcheur de gouverner en rond. Et heureusement.

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