**Une nouvelle journée d’action, et ce mot que l’on entend de plus en plus : « radicalisation ».Oui, on dit beaucoup en ce moment que « le mouvement se radicalise ». En réalité il y a deux acceptions possibles du mot et donc un malentendu. On peut dire qu’un mouvement se radicalise quand ceux qui en sont les acteurs en demandent toujours plus, quand les revendications les plus dures prennent le pas sur la volonté de compromis. Deuxième acception : un mouvement se radicalise quand, sans changer ses revendications, le mode d’action devient plus radical justement, aux limites de la légalité, quand les jeunes sont dans la rue et les raffineries bloquées par exemple. Nous y sommes. Dans ce cas là, les syndicats sont obligés d’accompagner l’évolution pour ne pas se retrouver de l’autre coté de la barrière de la contestation. La radicalité contre la modération n’oppose pas forcément ceux qui voudraient le retrait pur et simple du texte, le maintient des 37 ans et demi de cotisation à ceux qui veulent une réforme, mais plus juste. On peut être modéré sur le fond de la réforme mais radical sur le mode d’action. Et c’est le cas du mouvement actuel. Et c’est ce qui rend le scénario de sortie de crise assez difficile à imaginer. Le mouvement se radicalise dans sa forme, c'est-à-dire que les grèves, bien que moins suivies, sont plus dures, ont plus de conséquences sur la vie économique, puisqu’elles sont maintenant aussi du fait des raffineurs et des routiers. Elles, sont, en même temps, remarquablement populaires. Seul le blocage des raffineries ne recueille pas l’assentiment d’une majorité de français.Oui et encore le rapport de force n’est pas dramatique : 42/54 alors que la grève des transports publics et le mouvement lycéen sont relativement populaires comme nous le dit le sondage Viavoice-Libération de ce matin. Cette popularité ne s’accompagne pas d’une demande radicale sur la question. Le sondage de l’IFOP pour L’Humanité de lundi est très instructif. La majorité des sondés souhaite largement que le gouvernement revoit sa copie mais pas qu’il retire son texte. De même la popularité du mouvement et même du mouvement dur ne s’accompagne pas du tout d’un surcroit de popularité de ceux (à l’extrême gauche notamment) qui représentent une radicalité politique. Au contraire c’est le PS, Dominique Strauss-Kahn, Martine Aubry et même le très silencieux (et pas du tout radical) Bertrand Delanoë qui en bénéficient le plus, si l’on en croit le baromètre BVA de ce mois ci. Ça rend aussi la situation des leaders socialistes plus délicate : comment défendre des revendications, somme toute jugées « raisonnables » parce que prenant en compte l’allongement de la durée de la vie, et accompagner un mouvement qui se radicalise ? Déjà Benoit Hamon confondant radicalité de fond et radicalité d’action commence à expliquer que le projet des socialistes pourra bouger, notamment sur la durée de cotisation. C’est, en fait très difficile de rester, sur la longueur, modéré dans sa revendication et radical dans son action. Du coté de l’exécutif c’est encore moins confortable : la population réclame puissamment une simple mise à plat du projet, une vraie négociation, finalement la moindre des choses. En opposant une fermeté sans failles et donc disproportionnée, le gouvernement pourrait commettre un gros contre-sens politique, générateur de frustration, ce qui est mal venu pour 2012. D’un autre coté, si le gouvernement devait céder, ce ne serait pas un contre-sens mais un échec politique. Le président s’est mis tout seul dans cette impasse, classique pour un gouvernant, décrite par Waldeck-Rousseau : « devoir choisir entre deux inconvénients ». Il s’y est mis tout seul car il n’a pas su lire ce que dit cette nouvelle forme de radicalisation douce.**

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