Marc Fauvelle

Vous revenez ce matin sur la charge de Martine Aubry.

C'est un vrai pilonnage en règle de tout ce qui a été fait par François Hollande depuis deux ans. Mais ce qui ressort aussi du vadémécum aubriste, c'est une critique très dure. Elle lui reproche clairement de ne plus faire de politique, d'avoir cédé aux énarques de Bercy, au lobby des matheux -les 3% de déficit- les 50 milliard d'économie, c'est bien, mais dit-elle, ça ne fait pas un projet de société, ça ne dit pas qui nous sommes, ce que nous voulons, et surtout où nous allons...

Il ne suffit pas de dire aux Français, comme l'a fait Emmanuel Macron que nous sommes embarqués dans la vallée de la mort, qu'il est trop tard pour faire demi-tour, et que de toute façon, « on n'a pas assez d'essence pour faire la route dans l'autre sens », pour les convaincre de s'assoir sur le siège du passager.

« La politique n'est pas un voyage sans destination » écrit Martine Aubry et elle a raison. On ne peut pas un jour expliquer qu'on ne touchera pas aux allocations familiales car ce n'est pas une réforme structurelle, et une semaine tard, le faire uniquement pour satisfaire sa majorité. On ne peut pas non plus annoncer la suppression des départements à grands coups de trompette, et finalement, maintenir les conseils généraux dans 60 départements ruraux, uniquement pour faire plaisir à M. Baylet le patron de radicaux de gauche... qui menaçait de retirer ses trois ministres. Dans cette affaire, François Hollande a préféré le reniement au remaniement, il a fait de la synthèse et pas de la politique au sens où l'entend Martine Aubry.

Alors le retour de la maire de Lille est-il pour autant un coup dur porté à Francois Hollande ?

Disons qu'il tombe mal, au moment où l’Elysée pensait avoir circonscrit l'incendie des frondeurs. Il leur donne un visage, une incarnation et un espoir... L'idée qu'il pourrait y avoir, l'an prochain, après la claque prévisible des départementales et des régionales, un nouveau changement de Premier ministre, et une ligne plus à gauche que pourrait porter Martine Aubry à Matignon. En réalité, c'est assez peu probable, au vu des relations entre la maire de Lille et le Président, mais cette petite musique va empoissonner la vie de François Hollande et de Manuel Valls désormais. Et pourtant, à y regarder de plus près, ce n'est pas non plus le programme de la LCR que propose Martine Aubry aujourd'hui... La grande réforme fiscale ? Elle figurait dans le programme de Francois Hollande. L'idée qu'il faut distribuer de l'agent aux français ? Manuel Valls a commencé à le faire avec les baisses d'impôts. L’échec du « tout austérité » en Europe ? Tout le monde le dit, même François Hollande.

Finalement le grand point de désaccord porte sur les 40 milliard donnés aux entreprises, dont Martine Aubry voudrait qu'on reprenne 20 milliards, pour soutenir la croissance...

20 milliards, c'est un rose certes un peu plus vif, mais ce n'est pas non plus un gouffre idéologique entre deux gauches. Même dans le vocabulaire, Martine Aubry ose aujourd'hui se définir comme Hollande, comme une sociale-démocrate, ce qui était jusqu'à peu un gros mot chez les socialistes... Vu sous cet angle, son retour pourrait même (allez soyons optimiste pour lui) constituer une aubaine pour le chef de l'Etat, car il dispose désormais d'une deuxième boîte à outils, à côté de la sienne, dans laquelle piocher pour la fin de son quinquennat.

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