F.Hollande et M.Valls se sont désolés, hier, chacun dans leur discours lors de la conférence sociale, de l’état du dialogue social dans notre pays .

Oui, ils évoquaient surtout le dialogue social national… On rappelle beaucoup, en ce moment, que dans de nombreuses entreprises en France, tous les jours, des accords sont signés. La CGT, qui boycotte la conférence sociale, affirme même qu’elle appose sa signature sur 86% des accords de branches et d’entreprises. Beaucoup d’entre eux sont, certes, sont des reconductions d’accords, des augmentations de salaires presque mécaniques… mais ça tord quand même le cou à ce que l’on a pu affirmer un peu trop vite sous le choc des images de la chemise arrachée du DRH d’Air France. Ce qui pêche c’est la négociation nationale qui doit proposer des réformes. La réforme du dialogue social, l’année dernière, n’a pas pu se faire…par le dialogue social, justement. Un comble ! C’est le ministre du travail qui a dû la porter. La réforme du droit du travail, là encore, sera le fait de l’Etat.

Pourquoi ce qui est possible au niveau local, ou de l’entreprise ne l’est pas au niveau national ?

On accuse souvent la faible représentativité des syndicats…mais ce facteur devrait peser sur le local plus que sur le national… Non, en fait c’est une constante du caractère français depuis quelques décennies : chez nous « small is beautifull »… et l’on semble ne faire confiance qu’à l’échelon le plus proche. Les maires sont plus populaires que les ministres. Et les enquêtes d’opinion sur la confiance des Français en l’avenir, montrent que l’on est assez optimiste pour nos cas personnels et très pessimiste pour la société. Le mot à la mode dans la vulgate socilogico-politique c’est de rechercher ce qui pourrait « faire société », variante universitaire du médiatique « vivre ensemble », variante du mot République tout simplement… Le dialogue social marche au niveau local, pas au niveau national, les responsables politiques sont populaires au niveau local, pas au niveau national, la presse locale est plus crue que la presse nationale. Nous avons donc un grave problème de récit et de destin commun… et c’est pour ça qu’il y avait un petit côté « monde à l’envers » à voir, lors de la conférence sociale d’hier, les représentants de l’Etat, ceux qui, justement, sont en charge de ce récit national, de cet horizon pour tous …à les voir tancer les acteurs sociaux pour leur incapacité à s’entendre au niveau national. Après tout, il y a une logique, presqu’institutionnelle à tout cela : L’élection du président de la République en France se fait sur l’idée de l’omnipotence du chef de l’Etat, du « moi-président ». On en est nostalgique mais au fond plus personne ne croit encore au pouvoir vertical, centralisé, jacobin. Nos institutions sont faites pour des hommes providentiels, pour un pays avec des frontières, des plans quinquennaux contraignants et un capitalisme d’Etat hyper puissant. Des institutions qui flattent le binaire, donc favorisent l’affrontement sur le compromis et nous empêchent de nous sentir collectivement responsables de nous-même dans un monde ouvert et connecté. Il ne faut donc pas nous étonner de tout foirer nationalement en attendant l’impossible prochain Général de Gaulle.

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