Rachida Dati, garde des sceaux malmenée depuis quelques semaines dans le milieu judiciaire, recevait pour un apéritif informel. La scène se passe au ministère de la Justice Place Vendôme à Paris. 2 salons d'apparât, champagne et petits fours, la République sait recevoir. Une bonne centaine de parlementaires UMP attend avec impatience l'hôtesse des lieux. Elle arrive en retard, il parait que c'est une habitude, et fonce vers le micro. Rachida Dati a le débit rapide, elle mange ses mots, dit "dépités" pour "députés", constate, un brin froissée que tout ce qu'elle entreprend semble faire polémique, revient sur ses démêlés avec les magistrats, répète que l'indépendance de la justice ne saurait s'affranchir du devoir de réserve sur le travail des législateurs. L'assistance apprécie. Mais se met à gronder quand la ministre en vient à la révision de la carte judiciaire qui prévoit la suppression de tribunaux d'instance et de tribunaux de commerce. Sujet sensible s'il en est pour des parlementaires souvent cumulards, député ou sénateur maire. La ministre affirme qu'elle n'a pas de schéma pré établi, malgré les fuites dans la presse le matin même, et que les consultations se poursuivent. Quelques uns osent à haute voix: "c'est faux, y a pas de consultation". Rachida Dati, insensible à la bronca, poursuit "je comprends vos contraintes dit-elle, vous me dites, y a des élections, mais y aura toujours des élections, mes réformes, je les ferai, les engagements du président de la République, je les tiendrai". Mouvement d'humeur dans la salle. Quelques minutes plus tard, les mêmes qui grognaient se pressent pourtant pour se faire prendre en photo avec elle. Et oui, pour les municipales, c'est pas mal de se montrer à côté d'une des seules stars du gouvernement, qui en 3 mois, a crevé les plafonds de popularité. C'est toute l'ambivalence de cette ministre pas comme les autres. Rachida Dati a deux fils à plomb dans ses nouvelles fonctions : la protection du couple présidentiel Nicolas et Cécilia Sarkozy, protection presque exclusive au sein du gouvernement, et l'attachement foudroyant des français pour cette personnalité atypique. Femme, fonceuse, fille d'immigré, elle racontait d'ailleurs hier que ses nouvelles fonctions n'impressionnaient pas du tout son papa, qui monte, qui monte, sans douter une seule seconde qu'elle pourrait ne pas être à la hauteur, ou que son apprentissage est un peu rapide. Mais ses détracteurs sont nombreux à trouver qu'elle a par ailleurs de vraies semelles de plomb. "Elle est un peu court" sur les dossiers lâche pour tout commentaire un de ceux qui dans son camp, se serait bien vu à sa place. "Elle est la créature du roi, protégée par la reine" persifle un autre, "elle est surtout l'assistante parlementaire de Nicolas Sarkozy, en charge de la justice", lui reproche une personnalité socialiste qui lui dénie toute légitimité politique. C'est pour tenter de gagner un peu de cette légitimité politique, qu'il a été conseillé à Rachida Dati de faire quelques efforts avec les parlementaires. D'autant que d'ici quelques jours, à la reprise de la session ordinaire du parlement, elle sera comme tous les petits nouveaux du gouvernement, jetée dans la fosse aux lions des questions au gouvernement les mardi et mercredi. Une terrible épreuve pour tous ceux qui n'ont jamais eu à affronter 577 députés au dessus d'eux, ricanants, vociférants parfois, souvent accusateurs et rarement amènes. Le PS a déjà décidé d'attaquer l'amateurisme du gouvernement Sarkozy. Rachida Dati sait qu'elle sera une des cibles principales. Son entourage dément toute préparation particulière. Un homme de l'Elysée, conseiller du président, ne la quitte pas pourtant depuis quelques jours. Attentif à ce qu'elle dit, attentif aux réactions que suscite la protégée du président. Fragilisée Rachida Dati ? Vous voulez rire répond-t-il, c'est sûrement la moins fragile de tout le gouvernement ! Sympa pour les autres. D'ailleurs il parait que Nicolas Sarkozy n'a qu'une idée en tête, la pousser pour qu'elle se présente aux municipales, tellement il croit en elle. Mais d'ici là, faut pas qu'elle s'écroule. D'où le cornaquage élyséen, et l'opération séduction d'hier soir.

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