Retour sur la gaffe (ou la supposée gaffe) commise par Dominique Strauss-Kahn sur l’existence d’un pacte avec Martine Aubry.

Visiblement, l’ancien patron du FMI, tout à sa tentative de réhabilitation, avait calibré, soupesé ses réponses sur les aspects très délicats autour des répercutions de sa « faute morale », pour reprendre son expression, et sur l’analyse de la crise mais pour ce qui était de la vie politique de son parti, il semblait répondre comme s’il n’avait pas réfléchi à la question. Sans le vouloir, sans doute, Dominique Strauss Kahn a brouillé toute la communication de Martine Aubry. L’ex-favori de 2012, en fait une candidate qui vient du banc de touche sans avoir eu le temps de s’échauffer alors que depuis des semaines, Martine Aubry tente de nous convaincre qu’en mai, rien était arrêté, qu’elle se préparait à la compétition suprême. L’ancien patron du FMI confirme, par là même, son nouveau statut de boulet du PS… Et au-delà de boulet de la gauche, puisqu’au moment fort de l’événement annuel du PC que représente la Fête de l’Huma, un moment rare de médiatisation positive pour le Parti Communiste, Strauss-Kahn a aussi vampirisé l’attention sur son cas. Principales victimes cette année, le Front de gauche et Jean-Luc Mélenchon qui a fait un grand discours à la Courneuve avec, du coup, très peu de répercutions médiatiques hier matin.

Le préjudice politique subi pour Martine Aubry, par cette gaffe de DSK est-il mesurable ?

Bien sûr que non, depuis hier, les commentaires vont tous dans le même sens, comme celui que je viens d’esquisser. Martine Aubry a une priorité stratégique : convaincre qu’elle veut vraiment être présidente et la sortie maladroite de DSK ruine ce discours. On l’a compris… mais au fait, finalement, on pourrait très bien faire l’analyse inverse. Pourquoi faudrait-il que l’opinion demande à un candidat d’être dans un état d’esprit de détermination sans borne sur son propre destin ? Faut-il vraiment, pour montrer sa valeur, vouloir absolument être Président de la République depuis le jardin d’enfants ? Faut-il être obsédé par sa propre gloire pour être le ou la meilleur(e) ? Faut-il qu’un candidat pense que c’est lui ou le chaos pour l’emporter ? Ce postulat, selon lequel ceux qui gagnent l’élection présidentielle sont ceux qui le veulent le plus et depuis le plus longtemps, a fait passer la gauche à coté de Pierre Mendes France, de Michel Rocard, de Jacques Delors ou Lionel Jospin. Ce postulat n’est peut-être plus vrai… On ne peut pas en être sûr ! Peut être que la présidence Sarkozy a un peu vacciné l’opinion des avantages de l’inflation de l’égo, de l’hypertrophie du « moi ». Pourquoi Martine Aubry devrait-elle pâtir d’avoir envisagé, à un moment, de ne pas être la mieux placée ? Ça relève de l’analyse automatique. Après tout, pourquoi faudrait-il forcément avoir rayé tous les parquets des partis de gouvernements, élargi de sa grosse tête toutes les portes des ministères, tué méthodiquement tous ses concurrents potentiels pendant sa carrière pour être un bon candidat ? La question est finalement toujours la même et elle renvoie à la forme de l’élection présidentielle directe, uninominale à deux tours et la personnalisation à outrance qu’elle implique : les qualités pour être le meilleur candidat ne sont pas forcément celles qu’il faut pour être le meilleur Président…et inversement.

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