Vous revenez ce matin sur les réactions de la presse aux caricatures publiées par Charlie Hebdo

La teneur d’une grande partie des éditoriaux de nos confrères de la presse écrite -nationale et régionale- c’est le soutien à Charlie Hebdo . Ils rappellent le droit au blasphème, le droit à la caricature, à l’humour… soulignent les limites fixées par les lois qui condamnent la diffamation, l’injure publique ou le racisme. Lois qui ne sont, bien évidemment, pas dépassés ici. Ces commentaires modèrent généralement leur soutien en parlant, le plus souvent, de responsabilité de la presse et se demandent si c’est bien la peine de publier ses dessins, à ce moment-là et d’en faire une publicité préventive. On abuse alors de la métaphore consacrée : la fameuse huile sur le feu ! Cette critique est elle-même critiqué par Charb, le directeur du journal satirique. Manque de soutien, défaut de solidarité… et voilà le piège de la situation. On ne doit pas, dans cette affaire, avoir une réaction de corps. L’esprit « bouffe-curé » de toutes les religions est l’une des spécialités de Charlie qu’il faut défendre contre toutes les bigoteries mais on doit pouvoir dire « attention, ce n’est pas la peine de nous annoncer à tue-tête : demain dans Charlie : Mahomet à poil » sans être pris en défaut de soutien. Mais les intégristes ont une vision binaire de la société, de la vie et du monde et la nuance n’est pas de mise. Pas plus que le débat. Aucun argument ne sert à rien. La modération devient une faiblesse et les appels au calme sonnent des retraites. Charlie Hebdo est un journal qui traite de l’actualité. C’est normal qu’il dessine le prophète cette semaine. En réalité, ça aurait été une reculade coupable de faire une Une sur un autre sujet. Pour reprendre le poncif bien utile, disons que le carburant de Charlie c’est l’huile de l’impertinence. Généralement cette huile sert aux rouages de la démocratie. Ce sont les islamistes qui mettent du feu sur de l’huile, pas le contraire !

Charlie Hebdo doit donc rester ce qu’il est en toutes circonstances. Mais vous évoquez le principe de responsabilité de la presse…

On n’a rien à demander à Charlie . Il ne faut pas croire qu’en conférence de rédaction, les journalistes et dessinateurs de ce journal ne se posent pas aussi des questions, ne se demandent pas quelles peuvent être les conséquences de leur dessins. Si j’avais été dans la conférence de rédaction de la semaine dernière par exemple, j’aurais simplement plaidé pour qu’on évite de faire de la publicité préventive à ce numéro, afin de le banaliser et d’affirmer ainsi que Charlie n’est pas une provocation, que c’est de l’humour, et de l’impertinence normale et banale, hebdomadaire. Le droit à la caricature n’empêche pas de penser aux conséquences d’une caricature. Mais, à bien y réfléchir, nous sommes en train de prendre des gants avec des intégristes islamistes, avec des agités violents et incultes, décervelés par ce que le dévoiement d’une religion peut avoir de plus aliénant. Nous sommes en train de nous demander si nos amis, des caricaturistes, bon vivants et humanistes, moqueurs, déconneurs et libres penseurs, ne devraient pas se modérer, être responsables, faire de gentils dessins pour calmer des illuminés liberticides. C’est infaisable, c’est détestable. Ce n’est pas un choix de civilisation, c’est la vie contre la mort… Charlie doit rester Charlie… et particulièrement cette semaine !

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