Ce matin vous vous intéressez au Front National et aux écologistes… à la fois !

Oui, parce que leurs thèmes de prédilection sont au cœur du débat politique… L’affaire du bijoutier de Nice polarise l’attention sur les solutions sécuritaires. Parallèlement la question à laquelle va répondre aujourd’hui François Hollande est celle de la transition énergétique. Le FN est puissant électoralement, ses idées irradient la droite, et même au-delà, mais il n’est pas de bon ton de s’en réclamer et sa compagnie électorale est encore rejetée. En revanche ses nombreux électeurs sont la proie des grands partis de gouvernement.

A l’inverse, EELV est un nain électoral mais, à gauche comme à droite, il est de bon ton –pour le coup- de dire que son programme est écolo-compatible. En réalité ces deux mouvements ont en commun de proposer chacun un modèle, assez cohérent, de transformation radicale de la société. Le FN et les Verts sont les partis les plus typés de l’échiquier politique. La droitisation d’une partie de l’UMP est un emprunt au FN. Le discours écologique du Président est une captation similaire.

Comme si, ni l’UMP ni le PS ne produisaient plus de nouvelles idées par eux-mêmes ?

Oui, ils en semblent incapables. Alors, ce n’est pas uniquement pour conclure un accord électoral que François Hollande a décidé que la part du nucléaire devait baisser. Ce n’est pas uniquement pour garder ses deux ministres écologistes au gouvernement qu’il parle de mettre en place une fiscalité écologique. Tout n’est pas que cynisme. L’idée qu’il faut une transition écologique est une idée qui progresse à gauche, aussi pour ce qu’elle est : par conviction. Elle est également présente à droite chez Jean-Louis Borloo ou Nathalie Kosciusko-Morizet par exemple. Le poids du FN se manifeste de façon plus complexe. C’est par les militants et les sympathisants que les idées du Front National infusent jusque dans les étages de l’UMP. C’est encore une influence honteuse et refoulée mais elle est bien là. Rendue acceptable par le truchement par exemple d’un intellectuel comme Patrick Buisson qui arrive à faire passer ses idées pour des stratégies imparables. Les têtes de l’UMP sont arrivées à cette drôle de conclusion selon laquelle pour combattre l’influence d’une idée, eh bien le mieux c’était de la défendre soi-même ! Mais là encore l’électoralisme n’explique pas tout. Il faut un début de conviction pour droitiser l’UMP. D’où d’ailleurs, de graves conflits internes.

La prééminence idéologique du FN et des écologistes réinstalle, en le rénovant, le débat gauche/droite. On tente souvent de substituer à la bipolarité gauche/droite d’autres confrontations qui seraient plus en rapport avec le monde tel qu’il est : souverainistes contre européistes, libéraux contre étatistes, bobos contre cathos, peuples contre élites, citadins mondialisés contre périurbains et campagne enracinée, républicains laïques contre communautaristes religieux. Ces oppositions sont pertinentes mais parcellaires. Elles ne font pas s’affronter des projets globaux comme la gauche et la droite d’antan. Aujourd’hui, l’extrême gauche ne représente plus ce qu’il y a de plus éloigné de l’extrême droite. Les pôles de notre monde politique sont le Front National et les écologistes. L’opposition serait alors « société fermée réactionnaire contre société ouverte progressiste ». Deux appréhensions du monde qui se font face, que tout oppose et qui sont quasiment les seules prescriptrices du débat politique tel qu’il est aujourd’hui.

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