Cette semaine, une signature de la presse écrite ou écran, analyse l'été et la rentrée politique. Aujourd'hui, Pascal Riché, co-fondateur du site Rue89 .

A l'Elysée, nous dites-vous, il y a un Président de la République, mais aussi un médecin...

On sait depuis Jean de La Fontaine que le monde des médecins est divisé en deux catégories :

Les "docteurs Tant-Pis", qui vous stressent, vous prédisent des souffrances, exigent de vous des efforts et vous plombent de médicaments.

Les docteurs "Tant-Mieux", qui vous assurent que tout va aller mieux et vous renvoient chez vous sans ordonnance.

François Hollande, lui, est passé d'un statut à l'autre. Il a commencé son mandat en constatant la gravité de la crise, promettant à court terme du sang et des larmes, prescrivant des augmentations d'impôts pénibles... La météo était assortie : rappelez-vous, il pleuvait sans cesse ces jours-là.

Cet été, au plus bas dans les sondages, François Hollande a changé de discours. «La reprise, elle est là», a-t-il décrété à la télévision, son scoop du 14 juillet. Puis il a demandé à ses ministres de rêver sur l'horizon 2025, qu'ils prédisent radieux. Sa politique a-t-elle changé pour autant ? Non : on assiste simplement à un changement de com. La com optimiste du docteur Tant-Mieux.

Ce Docteur Tant-Mieux a pourtant encore une pilule amère à administrer : une réforme des retraites...

Oui, mais on sent bien, à écouter la ministre Marisol Touraine, qu'on ne s'oriente pas vers une réforme trop brutale. Pourquoi ? Parce que les deux leviers envisagés par le gouvernement lui brûlent les mains :

Le premier levier est l'allongement de la durée des cotisations, mais l'actionner alors que les élections municipales approchent n'est pas simple. Le gouvernement compte donc repousser les premiers effet de cet allongement à 2020.

Le second est l'augmentation de la CSG. Mais une trop forte augmentation de cet impôt risquerait d'étouffer le petit feu de brindilles de croissance que le gouvernement croit déceler.

Feu de brindille, dites-vous ? La croissance a repris tout de même au second trimestre...

Un premier bon chiffre, c'est une hirondelle, ça ne fait pas le printemps. Et il y a encore quelques corbeaux bien noirs dans l'air : au mois de juin, par exemple, la production industrielle a reculé de 1,4%... Et l'emploi salarié s'est nettement dégradé au second trimestre.

Pour libérer la croissance, le gouvernement sait bien que le noeud à défaire se situe au niveau européen : la politique économique y est corsetée, entre une politique monétaire et de change confiée à une banque centrale indépendante conçue à l'allemande et une politique budgétaire soumise à des critères de gestion rigides.

Les ministres le savent, ils en parlent en privé, mais ce sujet-là est tabou, c'est le "débat interdit". C'est un sujet pour les docteurs Tant-Pis.

Sans vraie reprise, la courbe du chômage pourrait-elle s'inverser avant la fin de l'année, comme François Hollande s'y est engagé ?

C'est possible de façon un peu artificielle. Hier sur votre antenne, le ministre de l'économie Pierre Moscovici vous a dit qu'il avait la "conviction informée" que cela se produirait. Je ne pense pas qu'il ait dit cela à la légère.

Les socialistes savent utiliser une calculette :

D'une part, ils ont repéré que pas mal de gens prennent leur retraite cette année, 100 000 de plus que l'an dernier ;

Surtout ils se sont débrouillés pour que la création des emplois aidés s'accélère en fin d'année. Les emplois d'avenir n'étaient que 30 000 en juin, ils seront plus de 100 000 en décembre.

Alors oui, il est possible de faire baisser le chômage par un tel "traitement social". Comme il est possible de gagner le Tour de France avec quelques anabolisants. Il suffit pour cela de trouver, pour les administrer, un bon docteur...

Et un docteur Tant-Mieux, si possible !

(Dernier livre paru, chez Versilio et Rue89, Comment l'Islande a vaincu la crise, 2013)

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