Les obsèques nationales d’Aimé Césaire ont eu lieu hier à Fort-de-France en présence de toute la classe politique française. La photo est belle mais, au fond, que reste-t-il du message de Césaire ? Négritude. Ce mot aura été certainement l'un des plus prononcés depuis 4 jours. Un combat humaniste, progressiste, jaillit dans le coeur d'un brillant jeune homme martiniquais, venu étudier dans un Paris glacial qui exhibait encore, à cette époque, c'était en 1935, ses indigènes dans les foires et ses "y'a bon banania" sur les boîtes de chocolat en poudre. La négritude comme moyen de se décoloniser d'abord de l'intérieur, de s'inscrire dans l'histoire tout en respectant profondément sa propre identité, de trouver sa place dans une société qui résiste si fort. Négritude. Tout le monde n'a donc que ce mot à la bouche mais qu'est ce qui a fondamentalement changé depuis 1935 ? Certes, les Antilles ne sont plus une colonie. Certes, la loi Taubira, du 21 Mai 2001 reconnait enfin l'esclavage comme un crime contre l'humanité. Mais, concrètement, au quotidien, quel pas significatif aura été fait pour passer de la négritude à la reconnaissance de la diversité ? Car c'est bien à l'aune de cette visibilité qu'on peut mesurer le chemin parcouru. Combien de patrons de presse issus de la diversité ? Combien d'éditorialistes ? Combien de banquiers, de chefs d'état major, de dirigeants de grandes entreprises publiques ? Combien de députés issus de la diversité ? Hormis les élus des Dom Tom ? Georges Pau Langevin, antillaise d'origine, députée socialiste de Paris. Georges Pau Langevin doit se sentir bien seule ! Regardez l'hémicycle. Désepérement blanc... Combien de maires, de conseillers municiapux, de présidents de régions ou de conseils généraux ? Vous pouvez chercher sur les photos de familles post électorales. La page est quasiment blanche. La gauche aurait-elle été sourde au discours flamboyant d'Aimé Césaire ? Elle qui fut au pouvoir 3 fois sous la Vème, qui a brandi l'étendard de la France métissée en 2007 et qui n'a pas su faire sauter, dans la foulée, les égoismes boutiquiers pour les législatives et les municipales. Si la gauche a fait bouger les consciences, elle n'a pas encore réussi à faire bouger les lignes. Quant à la droite, nous voilà face au paradoxe Nicolas Sarkozy. Il aura été jusqu'à présent le chef d'Etat le plus volontariste en faisant entrer de plein pied la diversité - Rachida Dati, Rama Yade et Fadela Amara - dans son gouvernement. Mais il aura été aussi le chef de l'Etat qui a prononcé le discours de Dakar, en Juillet 2007, sur cet homme africain qui ne serait pas assez entré dans l'histoire et qui jamais ne s'élance vers l'avenir. Un discours comme une insulte, loin, si loin de l'universelle négritude, saluée hier sur le cercueil du combattant Aimé Césaire. Pourtant, à y regarder de plus près, les choses changent un peu. Dans cette volonté, de plus en plus affirmée, de nombreuses associations de prendre cette place sans sombrer dans le communautarisme. Dans cette volonté contrainte d'une classe politique un peu honteuse, qui regarde le bout de ses chaussures et se dit qu'il ne saurait être question de cantonner plus longtemps la diversité au simple rôle de faire valoir. Dans cette volonté citoyenne enfin qui semble s'affranchir plus vite des barrières que ceux qui la gouvernent. Qu' Aimé Césaire me pardonne si j'ose dire ce matin qu'au-delà de l'histoire si puissante du peuple noir, la négritude nous concerne tous. Dans son essence, elle libère la force et le caractère unique de toute histoire individuelle pour l'inscrire en harmonie dans une histoire collective. Voilà, nous sommes tous un peu nègre blanc, jaune, rouge ou noir. Et c'est bigrement rassurant. Une chronique de Françoise Degois .

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