L'édito politique par Françoise Degois. ___Durban II. Diatribe antisémite, hier, à la tribune du président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, la France quitte la salle. Qu'il est beau ce geste, qu'elle est belle cette délégation française, drapée dans sa dignité qui se lève comme un seul homme, suivi des autres délégations européennes et quitte la salle sous le regard imperturbable de Mahmoud Ahmadinejad continuant à vomir, le regard presque goguenard, ses diatribes antisémites. Qu'il est théâtral ce geste, mais la seule question qu'on peut se poser est la suivante ce matin : fallait-il, tout simplement, aller à Genève ? Fallait-il participer à cette pantalonnade onusienne, dénommée Durban II, alors que depuis des semaines, tous les diplomates occidentaux savent parfaitement comment tournera cette conférence ? Depuis des jours, tous les observateurs savent parfaitement que le président iranien transformera Genève en tribune mondiale pour prêcher une pensée puante qui trouve un écho de plus en plus fort aux quatre coins de la planète. Fallait-il accepter de siéger dans cette assemblée ? Accepter d'être les spectateurs et les auditeurs impuissants, même une demie seconde, d'un homme qui, par idéologie, et non pas par provocation comme ça nous arrangerait tous de le penser, fédère autour de sa parole toutes les pulsions les plus macabres ? Fallait-il se prêter à cette tragi-comédie, préparée depuis des mois sous la houlette d'une présidence libyenne, d'une vice présidence iranienne, et d'un porte-parole pakistanais ? Tout cela voté par l'Union Européenne qui a, une nouvelle fois, montré sa limite. Fallait-il justement se présenter à Genève avec cette Europe désarticulée ? Plusieurs pays - et non des moindres - comme l'Allemagne, ayant choisi le boycott, une Europe incapable de se mettre d'accord sur un message commun, hormis cette sortie commune, c'est un peu court, mesdames et messieurs. Oui, vraiment, c'est un peu court et c'est la marque évidente d'une capitulation politique et morale. Fallait-il accepter ce texte qui met uniquement en avant l'islamophobie, certes efface l'insupportable Israël=apartheid de Durban I, mais ne fait mention d'aucun droit humain menacé aujourd'hui sur la surface du globe : les violences faites aux femmes soumises à la tyrannie de régimes religieux, la pénalisation de l'homosexualité, la violation quotidienne des droits de l'homme au Tibet... Surtout ne parlons pas de tout ce qui pourrait choquer certains pays de la conférence islamique ou des puissances économiques incontournables comme la Chine. Fallait-il aller à Genève ? Être réduit au rôle de figurant qui entre et sort de la scène en moins de temps qu'il n’en faut à Mahmoud Ahmadinejad pour répandre son poison ? Pour moi la réponse est non. Derrière cette image, il y a l'impuissance de l'Europe, mais aussi de l'ONU. Comme le démontre si bien l'historienne Malka Marcovich dans son livre, « Les nations désunies », il y a quelque chose de pourri au royaume onusien, une faiblesse d'attitude face aux pires dictatures pour tenter de préserver le paravent d'une paix provisoire. Pour preuve, ce nouveau conseil des Droits de l'Homme, mis en place en 2006 : 47 membres parmi lesquels Cuba ou l'Arabie Saoudite. L'alliance de ces grands démocrates, ces grands respectueux des droits humains, leur donne, de fait, la majorité sur tous les votes, notamment ceux qui concernent la diffamation des religions. Ceci explique aussi en partie cela. Durban II n'est en réalité que l'aboutissement d'un processus délétère qui a démarré à Durban I, en 2001. Huit ans de complaisance absolue. Que la diplomatie française nous épargne donc sa théâtralité !

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