Donc Nicolas Sarkozy a installé le préfet en Seine-Saint-Denis et il a annoncé de nouvelles mesures…Oui la suppression des allocations familiales pour les parents des enfants qui désertent l’école, c’est une mesure dite de responsabilisation. On en discutera tout à l’heure avec vos invités Eric qui sont des élus locaux de banlieues. Restons au cœur du sujet, du déplacement du président hier à Bobigny : la sécurité. Nous sommes encore une fois dans la problématique de ce quinquennat. Le poids du discours et son rapport aux faits, le poids des images et des symboles. Le président a fait hier un déplacement qui semblait être celui d’un chef de campagne militaire avec des propos guerriers contre les responsables de l’insécurité en Seine-Saint-Denis. Il a expliqué avec des accents de fermeté que la police « ratisserait » les recoins de banlieues ou les bandes et les dealers font la loi. Le mot « ratisser » a été utilisé par Nicolas Sarkozy et il replace son verbe présidentiel dans la veine de la métaphore du jardinage musclé. C’est de la même nature que le « Karcher » de 2005. Il s’agit donc d’ôter les mauvaises herbes, de « nettoyer ». Alors pourquoi le président prononce t’il ces mots maintenant? Pourquoi ne laisse t’il pas la police « ratisser », « nettoyer » les banlieues et puis, une fois que c’est fait, constater le résultat ? Remarquons au passage que, dans la métaphore du jardinage musclé, il aurait pu y avoir aussi l’idée de semer…ça aurait pu être le fameux plan Marshall oublié ou l’idée lancée pendant la campagne présidentielle de diviser par deux le nombre d’élèves dans les écoles des zones difficiles… ce n’est pas le cas, bon ! Alors On se dit que le président veille, comme son langage le suggère, à mener une opération de grande ampleur ! pourquoi l’annoncer haut et fort ? Pourquoi prévenir ainsi les délinquants que la police arrive ? Alors ! Pourquoi ?Hé bien parce que ce discours ne s’adresse pas du tout à eux en fait ! Ce n’est pas aux délinquants ou aux dealers que le président parle comme il l’a fait hier ! Les coups de menton, les manifestations d’autorité, les « vous allez voir ce que vous aller voir » sont des mots qui s’adressent au reste de la population. Du moins à la partie de la population qui s’est abstenue aux dernières élections régionales ou qui s’est remise à voter pour le Front National. Une partie des catégories populaires, beaucoup de personnes âgées. Ceux qui pensent que l’Etat est resté trop longtemps impuissant, qui se disent que la mâle autorité du ministre de l’intérieur devenu président commençait à s’émousser. Cette France là, si elle n’est pas lassée de 8 ans de rodomontades et de « descend un peu si t’es un homme », sera peut être rassurée de voir que l’Etat et son chef ont l’air de prendre les problèmes de la sécurité à bras le corps. Cet électorat là, c’est l’électorat qui avait été le fer de lance du succès de Nicolas Sarkozy en 2007 …mais au premier tour ! On en est là : Nicolas Sarkozy reprend depuis le début ! Le problème c’est qu’un discours de premier tour ce n’est pas du niveau présidentiel, c’est fait pour rassembler son camp et pas encore pour l’élargir…Donc nous n’avons pas du tout à faire (comme sa musique peut le laisser penser) à un discours qui décrit une réalité opérationnelle. Bien sur il y a et il y aura des opérations de police. Mais on n’annonce pas une opération de ratissage à l’avance. Pas besoin d’avoir tout lu tout Clausewitz pour comprendre ça. La drogue que les forces de l’ordre ont commencé à trouver justifie ces actions mais évidement tout le monde sait que ce sera insuffisant pour régler le fond du problème. Nicolas Sarkozy veut régler un problème politique (en finir avec le mécontentement d’une partie de ses électeurs) il leur offre un discours idoine, voilà tout. Les mots et les actes. Une adéquation décidément bien compliquée dans le système politique du président de la République.

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