Profitons de la présence de la matinale à Toulon pour parler de géographie politique. Oui, parce qu’il y a une géographie politique. Il y a, dans les granites de Bretagne, les corons du nord, les plaines de l’Est, les valons de Bourgognes, les sols caillouteux du sud-ouest et sous les pins provençaux, la géographie et l’histoire se rejoignent, l’histoire des invasions, des cultures paysannes ou ouvrières, dessinent une carte politique de la France qui, malgré les exodes rurales, l’urbanisation, la standardisation des modes de vies, est encore pertinente. Les spécificités politiques locales sont tapies aux cœurs des territoires, il faut simplement savoir les déceler. Ségolène Royal, par exemple, s’est faite élire députée, la première fois en 1988, dans une circonscription des Deux-Sèvres réputée de droite, tout simplement parce qu’en observant la carte de très près, Pierre Mauroy s’était aperçu que dans cette partie du centre de la France, il y avait une vielle tradition d’économie coopérative dont le souvenir ne demandait qu’à être réveillé. La politique tellurique ça existe. Paris, même à 7000 euros le mètre carré, garde le souvenir des révolutions du XIXème et aime toujours la contestation. La Bretagne, de tradition catholique et celtique, est modérée et dure à faire changer d’avis. La Vendée monarchique reste conservatrice, le Sud-ouest est radical et bon vivant, c’est comme ça ! Le Nord est à gauche, mais avait fait bon accueil au gaullisme et maintenant au FN, parce que populaire et à la peine. L’Est industrieux et plus austère est conservateur. Le sud-est, nous y sommes, est sans doute le coin de France qui a le plus changé politiquement du fait du brassage et du vieillissement de sa population. Et Toulon alors dans tout ça ? Toulon est au cœur du Var, un département qui était rouge, à gauche, depuis le début de la Troisième République. Républicain, résistant, communiste, socialiste ; ça, c’était le Var irrigué d’immigrés italiens à la forte culture ouvrière, comme Edouard Soldani, figure de la gauche varoise. Mais la population change et le Var passe à droite dans les années 80. Toulon, c’est différent : monarchiste, bonapartiste. La convention voulait même débaptiser Toulon pour la punir d’avoir ouvert son port aux Anglais en 1793. Puis, il y a la Royale et ses marins conservateurs. Après la guerre, on parlait du « petit Chicago » à cause du banditisme, des quartiers populaires à la mauvaise réputation, remplie d’immigrés, puis de rapatriés d’Algérie, dans le Var et à Toulon le système Arreckx -du nom du maire de Toulon-, succède au système Soldani. Dans les deux cas, il s’agit de clientélisme. Les racines conservatrices et le côté provocateur inscrit dans les gènes de Toulon, lui font tenter l’expérience FN avec Jean-Marie Le Chevallier en 95, sur les ruines de la politique de Maurice Arreckx. Mais Toulon, c’est aussi une tradition populaire et indomptable comme on peut le constater dans les tribunes survoltés du RCT. Le rugby toulonnais est une particularité locale, une activité sociale et c’est encore des fils d’immigrés qui l’on fait vivre. Souvenez-vous des frères Herrero et particulièrement de Daniel Herrero, poète, contestataire, humaniste autant que théoricien du rugby. Aujourd’hui, c’est Mourad Boudjellal (son nom est une signature politique dans la ville ex-FN). Boudjellal a fait renaître ce sport à Toulon. Vous connaissez le poncif des guides touristiques : « terre de contraste ». Et bien Toulon valide le poncif : Toulon est une terre de contraste politique.

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