J’assume ce paradoxe, parce qu’hier j’ai eu plusieurs réactions d’auditeurs catholiques qui ne voyaient pas pourquoi, alors que face à la vitalité des revendications religieuses de certains musulmans, les chrétiens ne devraient pas s’affirmer, comme pour établir une forme de rééquilibrage et rappeler nos racines catholiques ? Ces réactions traduisent une dérive « identitariste » de la compétition des religions qui renaît. Pour s’opposer aux excès d’une religion, dont certains membres considèrent que les lois de la République ne sont pas au-dessus de leurs percepts, il faudrait donc opposer le christianisme, plus légitime, plus français, pour tout dire, plus adapté à ce que nous sommes ! On voit bien tous les dangers que recèle cette logique en marche. La France, a été façonnée, certes, par le baptême de Clovis et par la fête de la fédération, pour reprendre la formule de Régis Debray. Mais aujourd’hui c’est la République qui organise notre société. Il ne s’agit pas de rejeter les religions ! Le catholicisme social, dans le cadre de la République, a d’ailleurs eu son influence depuis 1945. Mais la vie politique ne devrait pas être animée, ni secouée par des débats religieux, surtout quand ils sont d’ordre identitaires.

Des débats que les responsables politiques ne peuvent pas maitriser…

On a l’impression que la République et la laïcité sont devenues des incantations inopérantes dans la bouche des politiques. Il faudrait pouvoir les réveiller. Ces notions faites pour rassembler les diversités françaises lors des deux derniers siècles, se heurtent aujourd’hui à la compétition religieuse qui bat son plein. Ainsi, par exemple, s’il est évident que la France doit être à la pointe de la dénonciation du martyr que vivent les chrétiens d’orient, c’est plus en défenseur des droits de l’homme qu’en nation chrétienne. Afficher une solidarité religieuse plutôt qu’humaine envers certaines victimes de conflits internationaux est logique pour des croyants, problématique pour un Etat laïque. En réalité, pour toute une partie de la classe politique, la défense de la laïcité est plus inspirée par le baptême de Clovis que par la fête de la Fédération. Voici, par exemple ce que déclarait Marine Le Pen, au journal intégriste catholique Présent, en 2010, pour justifier la conversion laïcarde de son parti. Je cite : « liberté, égalité, fraternité sont des valeurs chrétiennes qui ont été dévoyées par la Révolution française » . Elle poursuit « défendre ces valeurs-là » c’est se « donner la possibilité de rechristianiser (la France) » . Notre histoire c’est le baptême de Clovis et la fête de la Fédération… Mais le premier s’est déroulé il y a 1500 ans, la seconde il y a un peu plus de 200 ans… et depuis le monde est devenu un village, les frontières virtuelles. Laisser croître une compétition religieuse sur des bases identitaires, c’est laisser s’installer conditions d’une guerre civile. La recrudescence des actes antimusulmans, antisémites ou les profanations de cimetières chrétiens en sont la preuve.

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