Ce matin vous évoquez le grand retour de la République dans le discours politique. Oui, vous avez remarqué depuis quelques années une expression assez ridicule envahit le discours politique : le « vivre ensemble ». Tout le monde cherche les voix du « vivre en semble ». Mais au fond le « vivre ensemble » c’est la république, notre organisation sociale. Et effectivement l’aspiration à la République revient fort en ce moment dans l’affichage politique. La République est ressentie, comme une urgence, un besoin vital : le succès réjouissant et phénoménal de l’essai de Stéphane Hessel « indignez-vous » en est l’un des signes. Le vieux résistant humaniste y appelle à retrouver l’esprit du Conseil National de la Résistance. Les acquis du CNR encrent, dans notre pays l’idée d’une République sociale, solidaire. C’est de cette République là et de la République laïque de 1905 dont nous ressentons un besoin presque vital. Nicolas Sarkozy en 2007, dans son discours du 16 janvier qui ouvre la campagne présidentielle répond, peu ou prou déjà à ce besoin. C’était un discours très républicain. Mais, 3 ans, trop de stigmatisation, trop de d’abandon dans la lutte contre la ghettoïsation des banlieues, trop d’accrocs à la solidarité, trop d’inégalité, trop de non respect de la séparation des pouvoirs ont abouti à cette hypothèse terrifiante : la République serait en danger. En fait le danger vient au moins autant de notre difficulté à financer notre modèle dans un monde globalisé que des attaques conceptuelles contre la république mais le constat est là : Dominique de Villepin, François Bayrou, Jean-Louis Borloo réunissent leurs partisans avec ce genre de slogan : il faut sauver la république. Les candidats socialistes aux primaires proclament la même urgence. Même Marine Le Pen dit défendre la république ! Oui et cette stratégie peut lui apporter des succès électoraux, mais elle est aussi la preuve de la primauté des valeurs de la république sur les valeurs habituelles défendues par le FN. Marine le Pen est obligée d’opérer un tour de passe-passe et de faire passer ses idées par le prisme de la laïcité. Ne pouvant pas s’en prendre directement aux arabes elle s’en prend aux musulmans, pointant là des excès et des atteintes réelles à la laïcité. C’est un détournement manifeste mais ça révèle aussi que la laïcité à la française est maintenant intégrée au plus profond de nos consciences. En période de crise et de désarroi les peuples ont tendance à rechercher leur identité, à s’y réfugier, c’est souvent sur des critères ethniques, raciaux, religieux qu’ils se définissent. En guise de repli identitaire nous avons la République. La France à la chance d’avoir proclamé que la République n’était pas une terre, ni du sang ni une religion mais une idée. Nous sommes ce que nous voulons. Alors il peut y avoir des débats sur ce qu’est la République. Il y a ceux qui ne veulent pas la dissocier de l’idée de nation et qui seront alors souverainistes, il y ceux qui y voient le triomphe de la solidarité et de l’universalisme des valeurs qui nous viennent des Lumières. Il y a la République sociale, le débat autour de la notion d’égalité, égalité des chances, répartition des richesses, autour de la liberté, des droits et devoirs du périmètre de la laïcité. Le débat politique offert par la réflexion sur la République que nous voulons est assez large pour embrasser la droite et la gauche. Finalement ce n’est pas la peine de s’interroger sur l’identité nationale ou l’ « identité de la France » (pour prendre un terme plus acceptable parce que validé par Fernand Braudel) … ce n’est pas la peine…puisque notre identité c’est la République.

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