Ce matin une enquête pas vraiment rassurante pour les prétendants à l’Elysée…

Si j’étais l’un des treize candidats à l’élection présidentielle, avant de peaufiner mon programme, et pour bien comprendre à qui je m’adresse, j’étudierais de près cet OVNI de l’Institut Médiascopie, publié dans les pages du Monde , auquel Alain Bedouet a consacré son Téléphone Sonne hier soir. L’enquête dessine une France indignée, en colère, habitée par un sentiment d’injustice, d’inégalité croissante entre les riches et les pauvres, et qui a envie de le faire savoir haut et fort.

Cette enquête avait un aspect presque ludique. Les personnes interrogées étaient invitées à réagir à des mots ou des expressions - des évènements en fait - qui ont marqué l’année 2011, et de les noter de 0 à 10. A titre d’exemple, les Français mettent en haut du firmament la taxation des hauts revenus, ou la démission de Silvio Berlusconi. Et tout en bas, la hausse des prix du gaz et de l’électricité, la taxation des mutuelles de santé, ou la catastrophe de Fukushima.

Ceux qui concourent l’an prochain n’ont qu’à bien se tenir, nous vivons aujourd’hui « une crise de la représentation qui atteint des sommets », prévient le sociologue Denis Muzet, qui redoute des « pulsions populistes ».

Il y a une défiance à l’égard des politiques ?

Ils sont notés entre trois et cinq, sur dix, pas plus. Nicolas Sarkozy ne récolte que d’un petit 3,4 pour son discours de Toulon 2, François Hollande 4,9 pour sa victoire à la primaire. Le candidat du PS se situe à peine au-dessus du chef de l’Etat sur les graphiques. Seule Marine Le Pen tire son épingle du jeu, la présidente du Front National est pressentie pour jouer un rôle important en 2012.

Les Français jugent que les politiques ne sont pas suffisamment à la hauteur de la crise, trop dépendants des marchés, peu enclins à réduire les inégalités, ou à taxer les transactions financières. Du coup, cette tentation populiste est forte. Les puissants sont dans le collimateur, et l’enquête pointe ce qu’elle appelle, dans une formulation assez spectaculaire, une chasse aux Islamistes, les personnes interrogées plaçant très haut l’interdiction du voile ou des prières dans la rue.

Les candidats à la présidentielle sont conscients de cette colère qui traverse la France. C’est pour cela que Nicolas Sarkozy convoque lundi soir une réunion de crise à l’Elysée pour tenter d’enrayer la grève des agents de sûreté dans les aéroports, synonyme de désastre pour les départs en vacances. François Hollande ne s’y trompe pas quand il se rend au Val Fourré au contact des jeunes des banlieues, les oubliés de la République, pour les inciter à s’inscrire sur les listes électorales. Marine Le Pen – et ça lui réussit - surfe sur ce mécontentement national, que François Bayrou a diagnostiqué depuis longtemps.

Le constat y est chez les politiques. Pas de problème. Ce que les Français dans leur ensemble attendent de la représentation en 2012, ce sont des réponses concrètes, courageuses, aux inégalités, aux injustices. Un passage à l’acte.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.