Ce matin, bien sûr, la peur en politique ! C’est une notion qui se porte bien.

Oui, la peur est un des moteurs classiques et négatifs de la politique. La peur a toujours été un levier efficace pour obtenir le pouvoir et le garder. Mais le maniement de la peur est une cupidité partagée par les gouvernants et les gouvernés, car comme disait Victor Hugo : « il existe une connivence tacite entre ceux qui font peur et ceux qui ont peur ». Dans l’actualité politique française, chaque camp a ses domaines de prédilection pour effrayer l’électeur. L’extrême droite c’est bien sûr l’étranger. C’est d’ailleurs assez intéressant de voir l’évolution de l’utilisation de cette peur. Dans les années 80/90 Jean-Marie Le Pen proclamait « deux millions d’étrangers = deux millions de chômeurs ». Aujourd’hui cette peur ne fonctionne plus parce que tout le monde a bien compris que ce ne sont pas les étrangers qui viennent prendre nos emplois mais que ce sont nos emplois qui partent à l’étranger. Alors Marine Le Pen, actionne plutôt la peur identitaire. Le musulman va dénaturer notre identité. Peur reprise par une partie de la droite classique. La peur actionnée par la gauche est d’ordre social et environnemental. La peur de l’apocalypse écologique ou la peur de la mondialisation capitaliste qui nous paupérisera tous ! Mais c’est assez facile de dénoncer l’utilisation de la peur parce que ces peurs correspondent aussi à de vrais dangers. La laïcité, donc notre identité politique, peut être menacée par une religion trop revendicative, la planète est vraiment mise en danger par le réchauffement climatique… ce ne sont donc pas les raisons de la peur qui sont à mettre en cause que leur sur-utilisation.

Mais, soyons juste ; les politiques se démènent aussi pour que le pays retrouve confiance.

C’est vrai il serait démagogique d’affirmer que les politiques ne cherchent qu’à nous faire peur. La peur est utilisée pour obtenir le pouvoir mais il n’y a pas de création de richesse, donc de croissance s’il n’y a pas un minimum d’optimisme… Donc c’est un subtil mélange de peur et de confiance qu’il faut savoir distiller pour gouverner. Une vision purement cynique de la politique favorisera la peur. Et la peur nourrit la peur…elle opère comme un serpent qui se mord la queue : l’exemple contemporain le plus frappant de la perversité que produit la peur dans le débat des idées nous a été offert par les néoconservateurs de l’administration Bush : l’invention des armes de destruction massive, la théorisation du choc des civilisations, les mensonges éhontés du département d’Etat et de la CIA dans l’après 11 septembre ont nourri, en réaction, une autre machine de peur, redoutable elle aussi : le conspirationnisme… ceux qui croient que le 11 septembre est le fruit d’un complot de l’administration américaine ont peur et font peur. Ils combattent l’utilisation des peurs par l’auto-alimentation d’autres peurs… Et ils valident ce que Victor Hugo, encore, disait sur la peur. Une phrase clef : « je n’ai peur que de ceux qui ont peur ». Et effectivement les plus dangereux en politique ne sont pas ceux qui font peur mais bien ceux qui se laissent gagner par la peur ! Parce que comme disait le cardinal de Retz, « de toutes les passions la peur est celle qui affaiblie le plus le jugement ».

Un conseil de lecture pour finir : la revue « Raison Publique » (octobre 2012) intitulée « complot et terreur, imaginaire politique de la peur » aux éditions Presses universitaires de Rennes

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