Ces politiques, si humains, si terriblement humains… Il n’y aura pas de conclusion définitive ce matin dans mon édito. Mais des questions. Covidé, ergo sum… Le doute sera méthodique.

Le président de la République, Emmanuel MACRON, donne des nouvelles sur sa santé, via le réseau social Twitter, depuis son isolement à la Lanterne après sa contamination au Coronavirus
Le président de la République, Emmanuel MACRON, donne des nouvelles sur sa santé, via le réseau social Twitter, depuis son isolement à la Lanterne après sa contamination au Coronavirus © Maxppp / Alexandre MARCHI

Ça aurait pu commencer comme ça : « Mais qui imagine De Gaulle se filmer, fiévreux, à La Lanterne, et s’excuser pour une "négligence » ? Ou alors, introduction inverse : « Mais qui imagine en 2020 un Président ne plus donner de ses nouvelles quand il est malade ? » 

Depuis trois jours, nous suivons en temps réel l’évolution du virus dans le corps du premier personnage de France. Il y a les videos, selfies, les bulletins de santé de son docteur attitré : « état stable », samedi. « Toujours stable », hier. Et pour ses 43 ans, aujourd'hui, on sera bientôt fixé. 

C’est le minimum qu’on peut attendre d’une démocratie moderne ?  

Décidément la Covid aura changé beaucoup de choses dans la pratique du pouvoir. Jupiter est d’abord un Français vulnérable aux microbes comme tant d’autres. Et qui communique sur lui-même comme sur les vaccins : dire tout, même qu’on ne sait pas, pour que la méfiance ne bascule pas en défiance. Car la santé des Présidents a trop longtemps été tabou, de la prostate de Mitterrand à la leucémie de Pompidou… De Bouteflika, ce fantôme qu’on faisait parler, à Boris Elstine, statue de cire du musée Grévin avant l’heure. 

Donc l’exécutif a raison de ne plus laisser prise au doute chez les Français ?   

Tout est question de curseur. A quel moment la transparence flirte avec l'absurde ? Et si le politique était victime d'une dictature sanitaire qu’il se défend pourtant d’instaurer ?  Je m’explique. Quand les ministres confient au JDD et au Parisien comment ils passeront Noël, a-t-on vraiment envie de le savoir ? C'est limite si on n'a pas le plan de table ! Bruno Le Maire « va rester sagement en familles dans les Alpes », écrit le JDD. Quelle info !

Le secrétaire d’Etat chargé des retraites ne fêtera Noel ni avec ses beaux-parents à Châteauroux ni avec ses parents dans le Nord. Ben, on est triste pour lui. Là encore, l’exécutif se pose en miroir de la société, fin d’année morose pour tous. Et puis faire oublier ce fameux dîner de la majorité qui nous a rendu expert en volumétrie de la salle des fêtes de l’Elysée !  

Et puis tenez, nouvelle polémique, locale, celle-là, ce week-end. Photo twittée d’un pot de fin d’année en mairie de Boulogne-Billancourt. Oh pas un grand banquet, non. Quelques gobelets et cacahuètes… Mais pas ou peu de masques visibles sur l’image. Bronca assurée sur les réseaux sociaux. Jouissance de la dénonciation facile. 

Car qui parmi nous, parmi vous, peut jurer la main sur le cœur, qu’il n’a jamais commis le moindre écart ? 

Quand les brigades de la sécu tracent l’arbre des contaminations, tout le monde sait à peu près quand l’attention s’est relâchée. Devoir d'exemplarité, certes, mais cette chasse aux sorcières est vaine, quand le chasseur ne peut garantir qu’il a été irréprochable ! Est-ce pour ça que Marine Le Pen, pour une fois, ne polémique pas ? "L'homme faillible", c'est le titre d'un essai majeur du philosophe Paul Ricoeur, dont Emmanuel Macron fut l'assistant. Conseil de lecture ou relecture pour Président à l'isolement.

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