Par Jean-François Achilli.

Vous revenez ce matin sur notre sondage Ipsos Logica Business, pour France Inter, France Télévisions et Le Monde, et résultat : rien ne bouge !

Rien n’y fait. Nicolas Sarkozy a pourtant tout essayé en une semaine : la déclaration du candidat du peuple sur TF1, devant plus de dix millions de téléspectateurs. Sa proposition de référendums tous azimuts. Son premier meeting électrochoc à Annecy, où François Hollande, jamais cité, a été traité de menteur. Une vraie campagne, virile, pas gentille, une affiche censée revisiter Mitterrand assortie d’un slogan de Giscard, la France Forte. Eh bien, même pas mal. Rien. Pas même un frémissement. Les mille personnes interrogées vendredi et samedi dernier, n’ont pas varié d’un pouce: intentions de vote au premier tour, Hollande 32%, Sarkozy, 25 Deuxième tour, Hollande l’emporte par KO, 59 à 41. 18 points d’écart ! Un score… anormal.

Le président-candidat est victime du syndrome de l’armoire normande : il faut la bouger, ça parait tout simple, mais elle est peine à craquer. Même en montrant ses biscottos et en disant autour de soi : vous allez voir ce que vous allez voir ! Ho hisse : même pas un centimètre...

Ça n’est pas tout : les reports de voix au deuxième tour restent très favorables à François Hollande, y compris chez les électeurs de François Bayrou. Brice Teinturier, le directeur des études politiques d’Ipsos, insiste sur le vote Marine Le Pen, qui se reporterait à 35% seulement sur le président sortant et à 19% tout de même sur François Hollande. Près d’un électeur FN sur deux ne se prononce pas. Autant dire que les tentatives de siphonage des électeurs du Front National par Nicolas Sarkozy restent vaines, pour l’instant. Lui qui veut atteindre un score 30% au premier tour, ce qui est encore jouable, n’a plus vraiment de réserve de voix pour le deuxième.

Qu’est ce qui pourrait changer la donne aujourd’hui ?

Les choses vont sans doute un peu bouger en faveur du président sortant, explique Brice Teinturier. C’est vrai que le meeting de Marseille, « j’aime la France », n’est pas pris en compte dans ce baromètre. Mais il ne faut pas oublier que toute une série d’évènements récents n’ont rien provoqué : meeting de Toulon 2, sommet social, deux prestations télé à succès, aussitôt oubliés le jour d’après. Il faudrait aujourd’hui l’irruption de ce que les spécialistes appellent une variable exogène pour inverser la vapeur: une révélation choc, une faute lourde qui disqualifieraient l’adversaire ou une guerre qui bouleverserait l’ordre mondial.

Il reste deux mois avant le premier tour. Difficile de ne pas évoquer le précédent de 1981, un président sortant en campagne, pas de cohabitation, Valéry Giscard d’Estaing se présente en citoyen candidat et dit vouloir retrouver l’image authentique de la France. La suite est connue. François Hollande, aujourd’hui, mène au fond une campagne très classique, un peu terne, trop prudente parfois. Mais c’est un peu comme si une partie de cette élection s’était déjà jouée longtemps à l’avance, avec un désamour profond à l’égard de Nicolas Sarkozy, qui n’a pas encore trouvé le moyen de renverser la tendance.

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