Ce matin : les amis politiques en général et ceux de Nicolas Sarkozy en particulier.

Le mot « ami » a une acception particulière en politique. Hier les amis de Nicolas Sarkozy étaient réunis en colloque ! Quand on sait tout ce que le terme « ami politique » comporte de fidélités quasi canines, de servilités aveugles mais aussi de camaraderies intéressées, de passions giratoires, d’admirations factices, n’importe quel homme politique devrait être effrayé de voir autant d’amis réunis dans un colloque pour célébrer ce qu’il y a de plus artificiel dans ce métier. Mais les amitiés politiques (même peu sûres) sont nécessaires pour conquérir le pouvoir, puis pour l’exercer, puis -une fois battus- pour préparer la reconquête. Seulement il y a une chose sur laquelle il ne faut pas compter : c’est la sincérité de cette amitié. Elle peut exister mais elle est très rare et elle date souvent d’avant la vie politique sans doute comme entre Hortefeux et Sarkozy ou entre Hollande et Sapin. C’est François Mitterrand qui avait le mieux théorisé ce faux ami qu’est la sincérité des sentiments en politique. Il avait des amis, de vrais amis et puis il avait des amis politiques. Quand on l’interrogeait sur la sincérité d’une personnalité qui avait décidé de le rejoindre, il répondait que la sincérité lui importait peu. En politique, on peut avoir plus d’estime pour quelqu’un qui s’oppose à vous avec sincérité, que pour quelqu’un qui vous rejoint par calcul. Mais officiellement on sera l’adversaire du premier et l’ami du second… et ça peut durer trente ans comme entre Chirac et Balladur! Avec le colloque d’hier, nous avions affaire à un défilé d’anciens ministres venus vanter les immenses qualités de l’ancien Président pour mieux lustrer et astiquer le souvenir de leurs propres actions à ses côtés.

Cette célébration était-elle voulue par Nicolas Sarkozy ?

Si c’est Brice Hortefeux qui l’a organisée ça veut dire que c’est Nicolas Sarkozy qui l’a décidée (c’est comme ça qu’ils sont amis !). Mais cette initiative agit comme une prise d’otages affective qui empêche le vrai débat idéologique dont l’UMP a besoin. Rien n’est fait, en ce moment pour trancher entre la droite identitaire buissonienne et la droite sociale et libérale. La célébration de la mémoire d’un chef vivant est particulièrement handicapante pour un mouvement censé se régénérer… Pourtant il y a un homme qui vient de commencer le travail. C’est Jean-Pierre Raffarin. En critiquant la droitisation, le discours de Grenoble, il apparaissait hier comme l’ennemi, le traître qui gâche la journée mondiale de l’amitié sarkozyste. Mais en réalité, quand Raffarin dit sur 2012 que « les comités de campagne étaient un salon convivial où le chef commentait ses performances », c’est l’ami véritable qui parle. Jean-Pierre Raffarin, qui a sa carrière derrière lui, était vraiment attaché à Nicolas Sarkozy comme il l’est d’ailleurs à Jean-François Copé. Il ne partage pas leur aventurisme droitier mais il admire, avec un œil de grand-frère inquiet, leur énergie, leur culot, leur côté sale gosse ou capitaine de cavalerie, toujours prêts à sonner la charge. Un vrai ami (pas un ami politique) c’est celui peut dire « là tu déconnes, arrête de parler de toi, regarde la vérité en face ». Raffarin n’a cessé de faire ça pendant toute la campagne à l’oreille du candidat sourd. Hier, les amis politiques de Nicolas Sarkozy se réunissaient pour se célébrer eux-mêmes alors que l’ami tout-court du Poitou disait la vérité, tout seul dans son coin.

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