Marc Fauvelle.

Vous revenez vous aussi sur la crise en Ukraine, vue de France.

Il aura fallu un bain de sang et les images terribles de la place Maïdan pour que la classe politique française sorte enfin d'un long silence embarrassé. Elle, d'habitude si prompte à dégainer à la moindre occasion, a été -on peut le dire- aux abonnés absents, tétanisée par ce qui se déroule pourtant sous nos yeux... Et pourtant, ce n'est pas faute de disposer à droite comme à gauche, de vrais spécialistes des questions internationales capables de jouer les lanceurs d'alerte, au moins aussi bien, si ce n’est mieux qu’un BHL par exemple. A condition qu'on les écoute : "J'ai bien essayé d'alerter mes collègues ou Matignon ces derniers mois, soupire ainsi le député UMP Pierre Lellouche, qui sera invité à 8H20, mais l'Ukraine, ça n'intéresse personne."

De Kiev, où elle est en ce moment en train de rencontrer l'opposition, l'euro-député du Modem Marielle de Sarnez ne dit pas autre chose... La dernière fois qu'elle s'était rendue sur place, il y a deux mois, au début des manifestations, une seule de ses collègues eurodéputés française l’avait accompagnée, là où les Allemands ou les Polonais, raconte-t-elle, étaient venus par dizaines constater la fracture ukrainienne.

Ce constat d'ailleurs, ils sont nombreux à le partager dans la classe politique, tout en le déplorant… Dans un pays où les questions internationales ne sont souvent débattues que sous le prisme de la peur de l'autre, où l'étranger est un immigré en puissance, et l'immigré en puissance, une menace pour nos emplois ou notre identité. Et puis la France a un autre défaut. Quand elle regarde en dehors de ses frontières, c'est vers le Sud, le Mali, la Centrafrique, la Lybie, que son regard se porte... Mais plus rarement vers l'Est, au nom d'un Yalta implicite, qui laisse à nos amis allemands le soin de régler ce qui se passe à l'est du Rhin…

Alors ce silence, est-ce de l'indifférence, ou plutôt de l'impuissance ?

Les deux, car qu'avions-nous aujourd’hui, nous Français ou Européens à proposer à ce pays coupé en deux ?

L'envoi sur place d'une force européenne ? Inimaginable, tant l'Europe compte autant d'avis que d'états membres. Sans compter le risque de dérapage. Un boycott de Poutine, des sanctions contre lui ? Ce serait couper le cordon avec un homme qui est sans doute à la fois le problème et la solution de cette crise ukrainienne... On peut critiquer Poutine tant qu’on est dans l'opposition, mais une fois élus, Nicolas Sarkozy ou François Hollande n'ont eu d'autre choix que de lui serrer la main.

Non, ce que nous avions à offrir, l'Europe l'a déjà rangé au fond de son sac, faute de l'avoir proposé assez tôt… C'était l'élargissement, ou au moins la promesse d'un avenir commun avec l'Ukraine. Qui aujourd'hui, dans la classe politique française, proposerait à Kiev de devenir un jour le 29ème état de l'Union européenne.... sans prendre le risque de se mettre à dos son opinion ? L'exemple de la Turquie, qui elle aussi frappe à notre porte, est devenu un épouvantail brandi par tous les partis populistes du vieux continent, qui ont ce moment le vent en poupe. Plus personne en France, ne pense encore l'Europe capable de digérer un nouvel entrant, et plus personne d'ailleurs ne le propose. A trois mois des élections européennes, la France, comme l'Europe, pense plus à la défense de ses frontières qu'à tout se qui se passe de l'autre côté. Et si la classe politique est aphone aujourd'hui, c'est tout simplement parce qu'elle n'a rien à proposer.

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