L’affaire Benalla...

Une grave affaire politique en ce qu’elle contredit le message de l’élection de 2017. Ce n’est pas une affaire d’Etat puisque les contrats douteux, avec des hommes d’affaires russes ou chinois, n’ont (jusqu’à preuve du contraire) rien à voir avec l’Elysée... Ce n’est pas une affaire d’Etat parce que jusqu’à preuve du contraire, il n’est pas mis au jour l’existence d’une police parallèle ou d’une organisation sécuritaire en marge. Il s’agit ‘juste’, si l’on peut dire, d’un grave et coupable dysfonctionnement, d’un mélange d’amateurisme et d’arrogance présidentiels. L’amateurisme passera. Emmanuel Macron n’a pas fait l’école des présidents que sont les grands ministères (sauf un) ou les grands mandats nationaux. 

L’arrogance ?

C’est autre chose ! En juillet dernier, Emmanuel Macron daigne s’exprimer sur l’affaire devant les députés de la majorité en ciblant la presse, qui, je cite, ‘ne recherche plus la vérité’ suivi du fameux ‘qu’ils viennent me chercher’. Il fait alors preuve d’une assurance en son pouvoir, apparue comme à rebours de son message de renouvellement de la gouvernance. Renouvellement qui fut (plus que ses propositions de réformes) un carburant de son succès. La presse ‘qui ne cherche pas la vérité’ a fini par en trouver quand même un bon bout. Et les sénateurs ont fait leur travail de contrôleur de l’exécutif. L’arrogance du président, c’est aussi de n’avoir pas retiré tout de suite sa confiance en Benalla, d’avoir tardé à reconnaître son erreur de jugement sur un proche collaborateur. Mais surtout d’avoir organisé la défense de l’Elysée en poussant, directement ou non, des membres de son cabinet à mentir, au moins par omission, sous serment, à une commission d’enquête parlementaire. Les mots des sénateurs sont terribles, s’agissant des prébendes dont bénéficiait Benalla : ‘statuts à part, impunité, privilèges’, c’est exactement pour lutter contre cette constance élyséenne, maintenue, à des degrés divers,  par tous les présidents (François Hollande faisant sans doute exception en ce domaine), bref c’est aussi pour en finir avec l’Elysée monarchique et ce sentiment de toute-puissance, qu’Emmanuel Macron a été élu. Le plus étonnant dans cette affaire, c’est qu’Elysée et majorité ont toujours un temps de retard sur la prise de conscience de l’état du scandale. C’est encore une fois frappant avec la réaction des porte-paroles LREM après la publication du rapport sénatorial. Ils prétendent, alors qu’ils sont censés représenter la modernité démocratique, que le Sénat sort de son rôle en mettant son nez dans les affaires élyséennes. La constitution rend le président irresponsable devant les parlementaires. C’est logique puisqu’il est élu directement par les Français. Il y aurait conflit de légitimité. Mais députés et sénateurs doivent contrôler l’action du gouvernement. La sécurité du président ne peut pas être privée. Elle est du ressort de 2 ministères : intérieur et défense. Le parlement a à en connaître. Ce ne fut jamais le cas avant, sous les précédents présidents, parce que les parlementaires ont trop longtemps été pusillanimes quand il s’agissait du monarque élyséen. Ils ne le sont plus. Tant mieux. Finalement, ironie du sort, sous  Macron (et malgré lui), la démocratie se modernise. 

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