Les municipales à Paris, une semaine après la sex-tape de Benjamin Griveaux : chamboule-tout ou statu quo ?

Permettez-moi d’abord d’avoir une pensée pour tous les non Parisiens qui nous écoutent, car rappelons-le, cette élection ne concerne que 3 % à peine des Françaises et Français inscrits sur les listes. Pour les 97 % restant, ne zappez pas, Paris vous concerne aussi, la politique à Paris c'est magique, vous allez voir ! 

En 2001, l’échec des socialistes aux municipales est cuisant. Mais en gagnant Lyon et surtout Paris, les apparences sont sauves… Un trompe-l’œil qui dure jusqu’à la chute de Jospin le 21 avril 2002. 

Près de 20 ans après, ce réflexe "capitale" n’a pas vraiment changé. Dans le maelstrom des situations locales et des investitures à géométrie variable, décrocher Paris, c’est décrocher le Graal, ça met tous les états-majors d’accord. « Si Agnès Buzyn devenait maire, me confiait un ministre, on ne retiendrait que ça, on effacerait l’ardoise des villes où En Marche sous-performe ». 

Enfin, Paris, c’est un test présidentiel. Emmanuel Macron, candidat parisien malgré lui. De la médiation ratée avec Villani, à l’intervention express pour substituer Buzyn à Griveaux, il a plongé dans la campagne, il en sera comptable. Et puis Macron et Paris, ce fut longtemps un plébiscite : 36% à la présidentielle au premier tour, 33% aux européennes. Ce socle-là est-il solide ou liquide ? Voilà pourquoi Paris est aussi un bon thermomètre national.

Bon, maintenant qu’on nous écoute en régions, elle est chamboulée, cette campagne parisienne ? 

Trois sondages, Odoxa, IPSOS et Harris, publiés coup sur coup, nous éclairent sur l’avant et l’après Griveaux. Agnès Buzyn stoppe l’hémorragie, entre 17 et 19%, mais ce n'est pas l’effet blast annoncé. A droite, Rachida Dati progresse encore, entre 20 et 25%, à touche-touche avec Anne Hidalgo. Pour Cédric Villani, ça baisse, entre 7 et 10%. 

Projections au deuxième tour, ça donne toujours "avantage" Hidalgo, grâce au fort réservoir des voix écologistes. Le vert David Belliard et la maire de Paris ont même pris le temps de se voir pour la première fois de la campagne, c’était la semaine dernière, en toute discrétion. 

Autrement dit, la théorie des fleuves qui rentrent dans leurs lits, à droite et à gauche, pourrait bien se vérifier. Dati n’a pas encore tout à fait refait le plein des voix de Fillon en 2017, 26%. Hidalgo fait plus que doubler le score de Hamon dans la capitale. Et Buzyn, pour l’instant, pèse deux fois moins que Macron il y a 3 ans. 

Etre la roue de secours, c'est grisant et plombant. Car jamais on a vu un remplaçant faire de miracles, sauf peut-être Noel Mamère à la place d’Alain Lipietz pour les Verts lors de la présidentielle de 2002 (5%).

Paris et son retournement complet de situation : Agnès Buzyn ne jurait que par son ministère, là voilà dans le grand bain politique. Gaspard Gantzer, l’ancien conseiller com’ de François Hollande, avait promis d’aller jusqu’au bout, il renonce et se réfugie chez Buzyn. 

Enfin, on peut vouloir Paris sans penser à un destin plus grand… Mais quel candidat ferait totalement abstraction d’un parcours à la Chirac ? C’est tout ça qui, je l’espère ce matin, justifie que vous m’ayez écouté au-delà du périph', avec, j’en suis sûr, autant de passion et de ferveur que pour un match perdu du PSG.

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