Ségolène Royal aurait-elle inspiré Barack Obama ? Ségolène Royal, qui était hier à Washington, l’a affirmé avec l’aplomb touchant d’un enfant qui, vous montrant un dessin sur une feuille qu’il vient d’arracher de son livre d’image, assure crânement : « c’est moi qui l’ai fait ». Ségolène Royal a donc dit, je cite : « oui, j’ai inspiré Obama et ses équipes nous ont copiés ». L’ancienne candidate explique que des collaborateurs du futur président sont venus voir les siens, avant qu’il ne soit investi. Les membres de cette équipe ont enregistré les idées « gagnant/gagnant » et « citoyens/experts ». Barack Obama aurait aussi adapté les méthodes de la fameuse « démocratie participative », en faisant remonter des idées à partir des communautés organisées aux Etats-Unis. Alors le site rue 89 a retrouvé la trace de cette mission. En réalité, ce n’est pas du tout une équipe d’Obama qui est venue mais des experts démocrates et républicains qui faisaient un « Elysée tour », un voyage d’étude organisé par la French american fondation. Barack Obama n’était pas encore désigné et il n’était même pas favori pour l’investiture démocrate. L’équipe d’experts en question a rencontré les équipes internet des deux principaux candidats français : Nicolas Sarkozy en personne et Arnaud Montebourg, pour le compte de Ségolène Royal. Leur rapport au retour de cette mission préparatoire a été publié dans le journal américain « Adweek ». Il en ressort que le site le plus performant est plutôt celui de Nicolas Sarkozy, notamment grâce au suivi vidéo de sa campagne disponible en ligne. Plus globalement, les visiteurs américains ont même trouvé que la méthode utilisée par Désir d’avenir pouvait être facteur d’incohérence dans le message de la candidate ! A lire leur rapport, si les démocrates et républicains qui faisaient partie de cette mission se sont inspirés de Ségolène Royal, c’est aussi pour souligner ce qu’il ne fallait pas faire ! Ségolène Royal dit, par exemple, avoir retrouvé la fameuse phrase « gagnant/gagnant » dans les discours d’Obama. Mais c’est un peu comme si j’affirmais que je vous ai inspiré en vous entendant dire « passe moi le sel » à votre voisin à la cantine sous prétexte que j’ai dit, moi aussi cette phrase lumineuse, la veille dans la même situation ! « Gagnant-gagnant » est une traduction d’une expression américaine couramment utilisée dans les affaires - ça se dit « win-win situation ». En politique, aux Etats-Unis, c’est un terme de base utilisé à outrance dans le moindre discours du moindre candidat au poste de shérif du conté ou de délégué de classe ! Quant à l’utilisation moderne d’internet, par le candidat américain, on ne voit pas ce que Barack Obama, qui avait dans son équipe l’inventeur de Facebook, aurait pu trouver de révolutionnaire dans la campagne française. Le fait nouveau, cette année, c’était l’utilisation des réseaux sociaux d’internet. Réseaux sociaux qui n’étaient pas vraiment répandus en France au moment de la campagne de 2007. En réalité, depuis 5 ans, toutes les campagnes importantes s’inspirent du modèle mis en place par move-on.org et les étudiants américains partisans du candidat à l’investiture démocrate, Howard Dean, en 2004. Mais alors pourquoi une telle posture ? Parce qu’en politique, le culot paie. Je pense même que Ségolène Royal a réussi à se persuader elle-même. Nicolas Sarkozy est aussi de cette facture. Il sidère toujours ses visiteurs par la façon dont il peut s’attribuer, en ayant l’air d’y croire lui-même, la plus grande part de tout problème résolu ! Cette incommensurable prétention est aussi, c’est vrai, un formidable moteur pour l’action. Et puis il faut bien dire que la plupart du temps, ils arrivent à faire illusion. Il est courant de dire qu’en politique, « plus c’est gros plus ça passe », mais ce coup là, quand même ! Ségolène Royal affirmant le jour de l’investiture de Barack Obama, « oui, je l’ai inspiré », c’est peut-être un tout petit peu trop gigantesque !

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