**Lundi, Nicolas Sarkozy s’adressera aux Français.Et dire que c’est le premier président de la république né après la guerre, qu’il a grandi avec la télé, que c’est un pro des médias et de la communication… Nicolas Sarkozy avait tout pour moderniser la communication présidentielle. D’abord, il l’avait promis. Pourtant il s’apprête à se livrer lundi à un exercice digne de la république monarchique des plus classiques. Cette émission, telle qu’on nous l’annonce, n’est rien d’autre que la version High Tech des entretiens du général de Gaulle avec Michel Droit, servile questionneur courbé, comme disait le Canard, ou du risible et mensuel télévisé Parlons-France du premier ministre Laurent Fabius devant un Jean Lanzi, « acquiesceur » et qui nous montrait, chaque mois, toutes sortes de statistiques toujours en hausse. C’était au vingtième siècle. Au millénaire précédent. Et pourtant c’est ce type de monologue hyper sécurisé déguisé en dialogue avec Jean-Pierre Pernaud qui se prépare pour lundi. Alors bien, sur il y aura les vrais français avec leurs vrais problèmes qui poseront de vraies questions avec de vrais morceaux d’authenticité et de vécu dedans. Dans l’argumentaire de TF1, qui nous fait croire qu’ils ont eu l’idée de cette forme d’émission tout seul (et s’ils l’ont vraiment eu c’est bien parce que c’est à ce prix d’abandon journalistique que le président pouvait accepter de venir)…donc cette forme d’émission est, nous dit-on, une manière, pour le président de s’adresser aux français sans intermédiaires. C’est exactement la définition du populisme. Se passer des intermédiaires… alors je sais, une telle analyse peut avoir des relents de corporatisme. Un journaliste critique une émission dans la quelle il n’y a pas de journaliste, c’est un peu comme les boulangers qui critiquent les grandes surfaces qui vendent du pain fait sans boulanger ! Hé bien non. Ma critique n’a rien à voir avec une défense professionnelle simplement nous ne sommes plus en campagne… il faut expliquer devant de vrais contradicteurs, journalistes spécialisés ou professionnels des thèmes abordés, les projets du gouvernement ou alors l’émission ne sera qu’un catalogue à caractère publicitaire. Il y aura de l’émotion –ça c’est certain- avec les « témoignages » forcement poignant, de français choisis pour exposer leurs problèmes. Et vous allez recommencer avec vos conférences de presse…He bien oui, nous en avons eu 2 en deux ans et demi et la dernière avec 6 questions! Il ne s’agit pas seulement des conférences de presse, il s’agit simplement de pouvoir voir le président en véritable situation de dialogue avec des contradicteurs informés, journalistes ou non, ça n’est pas la question. Dans toutes les autres démocraties le chef de l’exécutif se retrouve forcement et régulièrement devant des journalistes ou des parlementaires. Il doit préciser, détailler ses projets en public. Le but n’est pas de le voir en difficulté, c’est simplement qu’un dialogue respectueux mais contradictoire est la meilleurs façon de soustraire le maximum d’ambigüité au débat politique. Un exemple (il y en aurait 10) : Nicolas Sarkozy veut supprimer le juge d’instruction. Il serait passionnant de le voir dialoguer avec un spécialiste de la question. La suppression du juge d’instruction peut être une très bonne chose si le parquet devient indépendant et serait liberticide s’il ne l’est pas. Pour l’instant on ne connaît toujours pas les intentions précises du président. Un vrai dialogue sur la question pourrait nous les révéler. Le projet a près de deux ans, personne n’a pu lui poser de question publiquement sur ce sujet ! A moins que sur ce sujet comme sur beaucoup d’autres Nicolas Sarkozy veuille favoriser la règle qui veut que l’on ne sorte de « l’ambigüité qu’à son détriment ». Nicolas Sarkozy n’est pas pire que ses prédécesseurs dans le domaine de la communication en forme de monologue déguisé. Mais la différence c’est qu’il avait promis la rupture dans ce domaine aussi !**

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.