les inegalités territoriales se creusent avec la crise et nourrissent le populisme
les inegalités territoriales se creusent avec la crise et nourrissent le populisme © reuters
**Vous vous penchez ce matin sur le baromètre annuel intitulé _les fractures françaises,_ réalisé par IPSOS pour le CEVIPOF et la fondation Jean Jaurès** Oui, l’enquête montre une France crispée, en demande d’autorité. Des institutions, partis politiques et médias qui subissent toujours une défiance préoccupante. Les Français sondés par Ipsos ont globalement une vision négative de l’immigration et un jugement sévère sur l’intégration des étrangers. Ce n’est pas une nouveauté mais ce qui est notable c’est que les disparités entre les catégories sociales s’accroissent. Prenons l’un des rares résultats encourageant de cette enquête passablement déprimante : Il y a 11% de Français de plus que l’année dernière qui considèrent que la religion musulmane est compatible avec les valeurs de la société française. Ça nous donne encore ce chiffre relativement faible 36%. Derrière cette évolution inattendue (due sans doute au fait que l’UMP s’est un peu calmé sur le sujet après la surutilisation de thèmes identitaires lors de la campagne de 2012 et que le débat « immigration-intégration » de ces derniers mois a plus tourné autour de la problématique Roms que de la problématique musulmane). Derrière cette plus grande (mais toujours très relative) acceptation de l’Islam donc, se cache des disparités révélatrices des fameuses fractures françaises. La progression de ceux qui pensent que la religion musulmane est compatible avec les valeurs françaises n’est que de 8% chez les ouvriers. Elle est de 19% chez les cadres supérieurs. **Pour mieux comprendre cette disparité entre catégories sociales, le mieux c’est peut-être de prendre une donnée qui n’a pas évoluée.** Oui, par exemple, j’ouvre les guillemets : « aujourd’hui on ne se sent plus chez soi comme avant » 62% des Français interrogés se disent d’accord avec cette phrase. Comme l’année dernière. Mais dans le détail ce sentiment de méfiance a baissé de 11% chez les cadres supérieurs alors qu’il a progressé de 8% des ouvriers. Les catégories populaires se crispent. Cette enquête permet de constater que le rejet de l’autre est bien lié à une angoisse identitaire. « Il y a trop d’étrangers en France » : 66% des français sont d’accord avec cette affirmation. C’est donc un avis largement majoritaire. Pourtant l’affirmation selon laquelle « pour réduire le chômage, il faut réduire le nombre d’immigrés » est une opinion minoritaire : 47 contre 53%. Le rejet de l’immigré n’est donc pas principalement lié au désordre économique qu’il provoquerait mais plus au désordre identitaire. Une vue d’ensemble de l’étude donne l’impression d’un pays xénophobe et intolérant. Il faut toujours faire attention à ce type de conclusions puisque les mots ne sont pas chargés du même sens selon les époques. L’époque de nos grands-parents, où l’on ne comprenait pas que ses enfants puissent se marier avec un étranger, se considéraient-ils, pour autant, comme racistes ? Qu’aurait donné ce questionnaire, dans les années 60, 70, 80, années de ratonnades quasiment banalisées ? En revanche l’écart des réponses entre catégories sociales est un vrai signe de dislocation de la cohésion nationale. Les politiques se focalisent beaucoup, en ce moment, sur les gouffres financiers qu’il faut combler. Elles devraient sans doute s’intéresser de plus prés à d’autres gouffres, ceux qui séparent de plus en plus les catégories, les classes d’âges, les urbains et les ruraux, les ouvriers et les cadres. Finalement, cette enquête parle plus d’inégalité que de xénophobie.
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