Signe des temps cet appel est passé largement inaperçu à cause du psychodrame du foot. Ce n’est pas la censure, le brouillage des ondes par l’occupant… c’est le foot ! Les hommes providentiels de notre époque doivent faire face aux obstacles de notre époque ! Là c’est le foot ! Parlons en quand même…donc, le mouvement villepiniste s’appelle République Solidaire. Le discours avait de la gueule. Peut être même un peu trop. La grandiloquence gaullienne a toujours un aspect théâtral qui peut sembler légèrement déplacée en temps de paix. Mais c’est vrai que les vérités républicaines rappelées à cette occasion ont certainement besoin d’être réaffirmées en ce moment. Le problème devant une telle démonstration c’est que l’on a du mal à faire la part entre ce qui relève du souffle ou ce qui relève du vent ! Dominique de Villepin, aussi talentueux soit il, aussi sincère (faisons lui ce crédit) soit-il, ne manque pas d’air. Jugez plutôt : jamais élu (il ne s’est jamais présenté à une élection), Dominique de Villepin crée une organisation qui s’affirme héritière de la révolution et du gaullisme. Il nous présente son mouvement en affirmant, « j’en prends la présidence » ! Comment ? Par quelle procédure ? Sur la base de quel statut ? Qu’importe. De fait, « je suis président de République Solidaire» dit il. Il appelle, les libéraux, les centristes, les socialistes et même les communistes à le rejoindre, il ne manque plus que « à pied, à cheval, en voiture ». Rallier vous à ma crinière blanche ! L’analyse de la sonorité et du contenu du discours révèle du bonapartisme dans l’auto-proclamation et du gaullisme de gauche, avec des références au conseil national de la résistance. Dominique de Villepin parle de l’esprit de la révolution, des nouvelles bastilles à prendre. Ce n’est pas du gaullisme de droite puisque les références énoncées sont exclusivement post 1789. Le Général de Gaulle parlait volontiers de la France éternelle, de la France des clochers avec des influences barrésiennes comme le rappelait l’historien Eric Roussel vendredi. Rien de tout ça dans le discours de samedi qui était donc une tentative de réactualisation de l’esprit de la libération. Réactualisation avec le mot « solidaire » accolé à celui de république. Solidaire, mot à la mode à gauche et lors des mouvements sociaux depuis quelques années. L’initiative de Dominique de Villepin a-t-elle une chance de marcher ?Aucune idée. Il n’est pas sûr que la société française soit prête à suivre, un personnage sur sa prestance et son charisme sous prétexte qu’il sait réveiller les symboles de nos consensus et magnifier la république ! Et puis c’est assez gonflé quand même de se référer à ce point au gaullisme pour dénoncer les dérives actuelles de l’exécutif. Le gaullisme c’est parfait pour les sursauts salvateurs en temps de guerre mais le gaullisme c’est aussi la concentration des pouvoirs, le contrôle des médias, l’incompréhension de la modernité. La façon dont le Général de Gaulle a été à côté de la plaque en 68 et les purges audiovisuelles de cette époque ne sont pas particulièrement faites pour attiser la nostalgie du gaullisme de temps de paix. Et dans ces domaines Nicolas Sarkozy (concentration des pouvoirs et tentative de contrôle des médias) est bien Gaulliste, pour le pire. En revanche l’aspect république sociale: égalité des chances, interventionnisme, état fort, la prise en compte des discriminations et de la souffrance des banlieues colle bien à notre époque meurtrie par la crise. Le discours de Dominique de Villepin est, de ce point de vue, bien fait et il désigne clairement les échecs de Nicolas Sarkozy. Il n’est pas sûr que Dominique de Villepin en tire profit mais ça a tout pour nuire au Président. En ce sens, c’est certainement Martine Aubry qui a du goûter l’exercice de style de l’appel du 19 juin.

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