Les débuts difficiles du débat idéologique à droite.

Et l’on peut se rendre compte de la complexité de l’équation que doit résoudre l’UMP, en détaillant ce titre du Figaro de mardi matin : « La droite cherche un programme et un chef ». La vérité de la droite, dans sa tradition aurait plutôt dû conduire Le Figaro à inverser le propos et à titrer : « la droite se cherche un chef et un programme »… Dans cet ordre là. Quel chef ? Quel programme ? Le chef doit-il être choisi en fonction d’abord de ses idées ou alors pour son charisme, son autorité ? Ces questions de préséance ne sont pas que tactiques, elles déterminent l’avenir du mouvement conservateur. Parce que l’UMP c’est la tentative de réunir deux cultures historiques de la droite française. René Rémond en distinguait trois au siècle dernier : bonapartiste, orléaniste et légitimiste… mais c’était au siècle dernier. L’UMP, née de la fusion du RPR et de l’UDF, donc petite-fille du bonapartisme et de l’orléanisme a été, pendant l’ère Sarkozy plutôt dominée par la branche bonapartiste. C'est-à-dire par l’idée de la primauté du chef sur le programme. C’est Nicolas Sarkozy lui-même, sa personnalité, sa façon de faire, sa capacité à transgresser et à entraîner qui avait triomphé. Pas particulièrement ses idées. D’ailleurs, on l’a vu citer de Gaulle aussi bien que Jaurès, faire référence au conseil national de la résistance comme à la France des cathédrales, être libéral et hyper-interventionniste… Il était lui et lui était son propre programme, pour la réussite de l’UMP en 2007, et aussi pour ses échecs à toutes les élections locales ou nationales depuis 2007.

Alors l’UMP va t-elle essayer l’autre tradition, orléaniste, c'est-à-dire, le programme d’abord ?

Eh bien pour ça, il faudrait que les centristes de l’UMP cessent d’avoir peur de leur ombre et honte de leurs idées. Les statuts de l’UMP ne leur facilitent pas la tâche. Le président du mouvement sera élu à l’automne par les militants… et les militants, dans leur grande majorité veulent d’abord un chef, avec un gros bâton ! Pour l’instant, les candidats qui se profilent sont Copé, Fillon et peut-être Juppé, tous trois issus du RPR, chacun d’entre eux refusera d’apparaître comme le représentant d’une tendance, chacun sera le rassembleur, ce qui ne favorise pas la compétition des idées. Pourtant il y a des nuances : Le premier (Copé) est un gaulliste libéral qui s’est montré droitier et dur ces derniers temps mais qui tente désormais d’arrondir son image, le second (Fillon) est un ancien gaulliste social reconverti en père la rigueur, le troisième (Juppé) est un gaulliste, version serviteur de l’Etat, européen et un peu techno. Aucune figure d’origine UDF, girondine, orléaniste, radicale, centriste, décentralisatrice, bref modérée, ne se dégage de ce panel de prétendants. L’UMP va donc redevenir le RPR. Les centristes étouffés par les gaullistes viennent de réussir ce qu’ils savent faire le mieux, une révolution de palais, un coup d’audace politique en chambre ! Jean-Louis Borloo est à l’origine de cette opération éclair. La création d’un groupe parlementaire centriste, l’UDI, Union du centre indépendant (comprenez l’UDF). Prémices d’un parti qui saura survire à l’air libre ? On verra… Finalement, FN/RPR/UDF, légitimiste, bonapartiste, orléaniste, il est temps de relire « Les droites en France » de René Rémond, publié en… 1954.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.